A l’occasion de son passage à Paris, le secrétaire général de l’UFDG, M. Bah Oury a répondu à nos questions.
1. Le gouvernement de Lansana Kouyaté peut-il sortir la Guinée de l’orniére ?
BAH Oury : D’abord, rappelons que l’héritage que les précédents gouvernements ont transmis au gouvernement de Lansana Kouyaté a été une grande catastrophe dans tous les domaines : crise politique par une absence de légitimité des institutions , crise économique caractérisée par une hyperinflation, crise sociale du fait de l’accentuation de la misère dans l’ensemble du pays et crise morale du fait du règne de l’impunité et de la corruption. Vous connaissez les conséquences de cette mauvaise gouvernance qui a jeté le pays dans une véritable insurrection populaire avec des centaines de morts en janvier et février 2007.
Donc, la mission de l’équipe gouvernementale était difficile et compliquée dans un contexte de chambardement institutionnel sans un accompagnement constitutionnel, pour conférer au nouveau Premier Ministre , Chef de gouvernement les moyens constitutionnels pour mener son action. Ceci est un premier élément d’appréciation pour indiquer les limites de la capacité gouvernementale de gérer le pays tout en cohabitant avec le Général Lansana Conté.
En plus, l’équipe constituée a brillé par l’étroitesse du consensus qui devait présider sa constitution. Les membres de l’ancien Gouvernement sont partis mais pour l’essentiel leurs successeurs sont issus du même sérail politique et sont à quelques exceptions près les produits de l’appareil administratif guinéen. Aussi, il ne faut pas s’étonner des atermoiements et des hésitations dans l’application des réformes.
De même, à mon avis le Premier Ministre a sous–estimé l’ampleur du désastre et s’est hasardé à faire des promesses sans s’assurer au préalable que son équipe aura la capacité et les moyens de les réaliser dans le temps imparti. Ceci induit une crise de confiance avec la population qui est lasse de promesses non tenues.
En plus, le Premier Ministre a oublié que le Général Lansana Conté est un stratège militaire rompu à la guerilla qui fonctionne par la maîtrise du terrain et des rapports de forces. Avec un partenaire- adversaire de ce genre il faut opposer la même logique sinon l’échec est au bout de chaque épreuve. La méthode employée par M. Kouyaté s’avère inefficace .
Enfin, le Premier Ministre privilégie ses relations extérieures et accorde un intérêt moindre aux soutiens qu’il pouvait obtenir à l’intérieur du pays. Tout cela a milité pour éroder le capital-confiance qu’il avait au départ en février dernier.
Peut – il rattraper le gâchis ? seul l’avenir pourra nous le dire.
2. Votre point de vue sur les tracts ethnocentristes distribués à Conakry et relayés sur le net ?
BAH Oury : D’abord, il ne faut pas se voiler la face. L’ethno-stratégie, c’est – à- dire une politique systématisée de manipuler les diversités ethniques pour parvenir à imposer la domination d’un groupe sur l’ensemble de la collectivité nationale, a été le trait marquant des deux régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance nationale en 1958. Nous aurons l’occasion de revenir sur la complexité de ce phénomène dans d’autres circonstances. Toutefois, cette politique a permis aux deux dictatures de s’imposer sur l’ensemble du peuple guinéen.
Or, l’insurrection populaire de janvier et de février 2007 sur l’ensemble du territoire national avec comme principale actrice, la jeunesse guinéenne qui a su transcender les clivages ethniques pour faire entendre à l’unisson ses revendications et sa soif du changement a mis à nu les tentatives ethno–stratégiques pour étouffer la révolte. Ceci est une grande victoire de la démocratie et aussi l’émergence d’une véritable conscience nationale. Pour les tenants du statuquo il faut stopper cette dynamique de changement. Depuis lors, des tracts ethnocentristes sont publiés pour attiser la haine et l’esprit de revanche tout en sapant les fondements de la révolte de la jeunesse. De ce fait par ces tracts, c’est le changement qui est attaqué.
La réaction des nouvelles autorités du pays a été tardive et maladroite. Les communiqués empreints du style suranné du passé a ravivé les craintes d’une dérive ethnocentriste et partisane du Gouvernement. De même les nominations aux postes dirigeants ont été auscultés comme faisons fi d’équité et du sens de partage. D’où aujourd’hui un sentiment de frustration parmi beaucoup d’acteurs du changement de janvier et février 2007.
Ainsi, malgré les hésitations et les incohérences du gouvernement, il est primordial que les forces du changement ne tombent pas dans les piéges qui sont tendus pour exacerber les contradictions supposées existant entre les communautés ethniques. Le changement et la démocratie ne fleurissent que là où les différences sont perçues comme des richesses et des facteurs de dépassement et donc du progrès.
Derrière tout cela , c’est la question de la gouvernance politique du pays qui est posée : quelle méthode institutionnelle adoptée pour assurer la promotion des cadres sur une base objective ? Comment assurer la représentativité de tous les groupes humains au niveau des institutions du pays ? Comment promouvoir la culture de l’excellence pour avoir « l’homme ou la femme qu’il faut à la place qu’il faut » en d’autres termes quel Etat et quel projet de société faut il promouvoir ?
3. Quelle est la stratégie électorale que vous envisagez pour les prochaines élections législatives ?
BAH Oury : Depuis quelques semaines l’UPR et l’UFDG sont engagés dans un processus de constitution d’une alliance électorale devant aboutir à une seule liste pour les prochaines législatives. Les discussions sont avancées et prochainement nous vous dirons davantage.
Merci pour votre attention.
Merci à vous, M. Bah Oury, et bon courage pour vos actions sur le terrain et pour faire aboutir les légitimes revendications de la population Guinéenne.
Abdoulaye-Baïlo DIALLO
Pour UFDG-online
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