On assiste, depuis un certain temps, à des tirs croisés sur Madame Assiatou Bah Diallo, la veuve de feu Siradiou Diallo. Les boulets rouges fusent de toute part. Les raisons sont prétendument liées à la crise qui secoue le Parti du Renouveau et du Progrès (UPR)
Malheureusement, les écrits des uns et des autres occultent le débat. A s'intéresser de près à la presse, plus précisément celle du web, on comprend aisément l'orientation donnée aux événements. Il s'agit, purement et simplement, d'attaques personnelles et de règlement de compte politico- familial. Mme Assiatou semble plutôt être la cible d'une belle- famille, du moins de beaux- frères qui, très certainement, lui garderaient une mauvaise dent. Pourquoi ? Ils sont les seuls à le savoir. En tout cas, la femme du Président- Fondateur de l'UPR paraît à bien d'égard symboliser la belle- sœur insoumise, autonome et émancipée. Toute chose inacceptable pour bon nombre d'africains. La faute à la tradition, me dira- t- on ! Mensonge !
L'éditorialiste de Amina, hériterait- elle autre chose (troupeaux, champs ou tapades, en bonne femme peule, quoi) y aurait- il eu des réactions violentes à sa désignation à la vice- présidence du parti de son défunt mari ? Que la procédure soit discutable est une autre affaire à traiter avec discernement.
Les communiqués et contre- communiqués de l'UPR, les soutiens à M. Bah Ousmane, les accusations contre Mme Assiatou Bah et qui envahissent le web oblitèrent volontairement les questions d'ordre politique. Aucun scribe, aucune presse, d'un bord ou de l'autre ne dissèque les vrais problèmes et les causes de turbulences de l'UPR. Les lecteurs ne savent plus où donner la tête. Qui croire ? Qui dit la vérité ? Info et intox se mêlent et font jaser. Les langues se délient d'autant plus facilement que l'une des cibles est une femme.
Les militants sont tout aussi désorientés que les lecteurs. Sûrement, à l'allure où vont les choses, les personnes qui regrettent leur Président- Fondateur sont infiniment plus nombreuses que les militants actuels. Les dissidences au sein de l'Exécutif s'inscrivent la logique des migrations, des abandons, si ce n'est des fuites, de la base du parti de feu Siradiou vers d'autres destinations. Qui en parle avec objectivité?
Le débat est biaisé, faussé et bassement dépouillé de sa substance. Il est réduit en étalage d'affaires personnelles et familiales. J'en veux pour preuve les déclarations d'un membre de la famille de feu Siradiou. Ce frangin de l'Honorable Diallo débite, c'est tout en son honneur, les bienfaits de son frère, leurs liens et la grandeur de la lignée. Il s'enorgueillit des hauts faits de ses ancêtres qui, à l'en croire, seraient les fondateurs de la mosquée de Labé : ville pieuse, du Fouta- Djallon. Très bien !
Cependant, cet internaute n'apporte rien au débat. En effet, chacun est censé maîtriser l'histoire familiale. N'importe qui peut égrener du bout des doigts la succession ou la descendance ; aligner tous ceux qui comptent à ses yeux ; charmer ou encenser les uns ; dénigrer les autres. C'est, semble- t- il, ce que notre compatriote a voulu faire. Manque de culture politique ? Réaction épidermique ? Volonté de bien faire ? Peut être tout cela à la fois. Néanmoins, ni la mosquée de Labé, ni tel ou tel membre ou allié de la famille n'ont rien à voir là- dedans. Nous sommes en politique. Il est question d'un parti qui se voudrait national ! Alors, pourquoi mêler religion et famille ? A quoi bon dénigrer une paisible veuve dont l'époux est cité, de son vivant et après, en exemple ? En quoi cette démarche grandit- elle le débat ?
Qui sont les responsables de la division, des revendications non satisfaites, des migrations vers d'autres partis ? Qui les désignent, preuve à l'appui pour éclairer les lecteurs, les guinéens en premiers ? Sommes- nous aux premières désertions à l'UPR ? Où sont les vrais héritiers de Siradiou, si sa femme et ses enfants peuvent en être exclus ? Pourquoi en vouloir à une femme qui veut contribuer à l'action politique en faisant prévaloir que l'œuvre qui a été bâtie par son mari a été détournée de son objectif ? Pourquoi s'acharne- t- on contre la belle- sœur en se cachant derrière un alibi politique ?
Dire la vérité des faits est l'unique chose qu'on attend d'un parti politique. Les diffamations, les chantages et la proie facile sont des signes de faiblesse. La grandeur d'âme et d'esprit commande, en tout lieu et en toute circonstance la retenue dans le verbe. Dans ce cas d'espèce, l'adage selon lequel « le linge sale se lave en famille » aurait pu inspirer certains protagonistes. Je veux dire par là, les relations entre beaux frères et belle sœur ne concernent ni les militants ni le public guinéen !
Hélas, depuis la parution de l'article mentionné ci- haut, on assiste à l'émergence de donneurs de leçons. Certains affirmant connaître le mari et non la femme. Oublient- ils par là qu'ils mettent en doute les liens qu'ils prétendent entretenir avec M. Siradiou. D'autres, s'érigent en pourfendeurs des « frondeurs » : expression empruntée à la Révolution Française. Encore que je préfère celle- là au qualificatif outrageux (et outrageant) de cinquième colonne, marquée de sceau du fascisme italien et du nazisme allemand.
Ces accusations apaisent- elles les esprits ? Ne rappellent- elles pas une manière bien connue d'exercice du pouvoir en Guinée et ailleurs ? On s'étonnerait très peu qu'il y ait scission au sein d'un parti politique qui n'hésite pas de taxer ses propres militants et responsables de cinquième colonne.
En outre, on ne peut que s'étonner du mutisme de certains critiques et observateurs qui péroraient, passez- moi l'expression, sur le rôle politique que la femme guinéenne doit jouer à l'aune du changement. On n'entend plus une seule voix ! Le pire, c'est le fait que bon nombre de sites Internet deviennent les porte- paroles de la calomnie et prennent parti. On assiste, dans la méconnaissance totale de la déontologie de l'information, à un alignement idéologique et à une volonté affichée de désinformation. Ces sites ont, purement et simplement, fait le choix de publier les articles qui encensent M. Ousmane Bah. Le tri des articles, pour ne pas dire la censure, est instauré : tout doit porter sur la dénonciation « des frondeurs » et de Assiatou
Pauvre dame ou pauvre Guinée devrait- on dire ? Quoi qu'il en soit, tout semble montrer que les crises qui secouent l'UPR depuis la tragique disparition de Diallo Siradiou étaient inévitables. Il serait fort étonnant que leurs solutions viennent des boulets rouges contre Assiatou !
A suivre : La deuxième partie : L'UPR entre le retour des vieux démons et le renouveau
Lamarana Petty Diallo Rédacteur en Chef de kibarou.com lamarana@kibarou.com