Le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, a reçu mercredi une vingtaine de préfets pour leur demander de faire expulser davantage d'immigrés en situation irrégulière, suscitant la colère d'organisations de défense des droits de l'homme.
"Ce n'était pas une réunion sanction, mais une réunion de débat, de dialogue, d'analyse territoriale et de mobilisation", a déclaré Brice Hortefeux sur France Info.
Conformément à la demande du président Nicolas Sarkozy, le ministre a fixé comme objectif l'expulsion de 25.000 sans-papiers d'ici la fin de l'année.
"Ça signifie un certain nombre d'expulsions par département (...) Certains sont en passe d'atteindre ces objectifs, certains les ont dépassés, certains sont en dessous - c'étaient ceux que j'ai vus cet après-midi", a expliqué le ministre, ajoutant qu'il n'était pas question de sanctionner quiconque.
"Nous avons examiné les moyens de parvenir à ces objectifs. Nous l'avons fait très calmement, très sereinement et j'espère vivement que les objectifs qui ont été fixés seront atteints avant la fin de l'année", a ajouté Brice Hortefeux.
Cette convocation des préfets au ministère a provoqué une levée de bouclier d'organisations et de la gauche.
"La mise sous pression de l'administration pour atteindre l'objectif de 25.000 reconduites par an est dangereuse (...) Le gouvernement tente de mener une 'politique du chiffre' absurde, car totalement déconnectée des réalités humaines et sociales de l'immigration", a déclaré Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l'Egalité au Parti socialiste.
Selon lui, le réunion de mercredi ne poursuivait "qu'un objectif d'agitation médiatique afin de dissimuler l'incohérence de la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy."
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples a dénoncé dans un communiqué "la poursuite obsessionnelle du gouvernement à maintenir un harcèlement d'Etat envers les sans-papiers". Pour le Mrap, "cette politique est cruelle et réduit l'immigré à un objet jetable".
Pierre Henry, directeur de France terre d'asile, rejette quant à lui l'option d'un objectif d'expulsions. "Cette politique mène à une impasse", dit-il dans Le Parisien, prônant des régularisations plus nombreuses.
Des personnalités socialistes ont elles aussi condamné par voie de presse l'approche du problème par les chiffres, estimant qu'elle faisait fi des situations humaines.
La réunion au ministère était fermée à la presse et la liste des préfets n'a pas été rendue publique.
OBJECTIF DIFFICILE À ATTEINDRE
Brice Hortefeux a admis qu'avec 11.000 éloignements d'étrangers sans papiers dans leur pays d'origine ou dans un autre Etat européen à la fin juillet, l'objectif de 25.000 expulsions fixé pour 2007 serait difficile à atteindre.
Selon le magazine Le Point, le ministre se serait fait sermonner par le chef de l'Etat lors d'une réunion le 20 août.
"Je veux du chiffre ! C'est un engagement de campagne. les Français m'attendent là-dessus. je veux que l'on mobilise pour être plus efficace", aurait dit Nicolas Sarkozy.
Brice Hortefeux se heurte à plusieurs obstacles, en particulier l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne en janvier dernier, qui ouvre aux citoyens de ces pays des droits plus importants en terme d'entrée et de séjour en France, et empêche leur expulsion.
L'action d'associations et d'élus de gauche pour empêcher l'expulsion de sans-papiers reste forte, malgré les avertissements envoyés par courriers préfectoraux à des élus de l'Oise et du Maine-et-Loire. L'aide au séjour irrégulier est un délit pénal.
A Air France, les syndicats demandent à la direction de refuser de coopérer dans les procédures de reconduite à la frontière, après des incidents.
Le 4 septembre, le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a relaxé deux Français poursuivis pour "incitation à la rébellion" après s'être interposés, avant le départ d'un vol d'Air France Paris-Bamako, entre des policiers et des Maliens qui s'opposaient à leur expulsion.
Des incidents survenus le 16 août à l'aéroport de Conakry en Guinée, où six policiers français qui reconduisaient des sans-papiers avaient été molestés, ont conduit le syndicat Unsa-Police (majoritaire, classé à gauche) à demander l'ajournement des missions d'escorte.
A Amiens (Somme) fin août, le fils d'une famille de sans-papiers russes a été grièvement blessé en tombant de la fenêtre du logement familial lors d'une opération d'arrestation.
Selon des évaluations gouvernementales, le nombre d'immigrés en situation irrégulière en France oscille entre 200.000 et 400.000. La plupart travaillent, en particulier dans le bâtiment et la restauration.
En juin, deux clandestins d'origine malienne avaient été arrêtés sur le chantier de restauration de la Lanterne, à Versailles (Yvelines), résidence officielle du Premier ministre utilisée par Nicolas Sarkozy.
Le Monde