M. Lansana Kouyaté, le Premier ministre guinéen a présidé, le 17 octobre 2007 à la Primature, un conseil des Ministres qui a validé “la nouvelle politique nationale de développement agricole vision 2015”. Un outil de développement agricole dont la Guinée vient de se doter pour sa marche vers une politique d’autosuffisance alimentaire à l’orée 2015. Cette nouvelle politique agricole a été élaborée grâce à l’appui de partenaires au développement que sont le PNUD, la FAO, la Coopération française, le FIDA et l’USAID.
Docteur Mahmoud Camara, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage, de l’Environnement et des Eaux et Forêts a indiqué que “À travers cette Politique nationale de développement agricole qui intègre la Stratégie de réduction de la pauvreté, le programme détaillé de développement de l’agriculture africaine du NEPAD et les Objectifs du développement pour le Millénaire, la Guinée est résolument tournée vers l’avenir pour assurer la sécurité alimentaire et pour relever substantiellement les revenus des populations tant au niveau national que dans le cadre de l’intégration régionale”.
La nouvelle politique agricole s’appuiera sur les dynamiques d’investissement privé, de production et de recherche de productivité dans l’agriculture. Selon les promoteurs, l’impact de cette nouvelle politique sera mesuré à travers l’amélioration de la sécurité alimentaire, la diversification des productions vivrières et la réduction des importations de riz. Elle assurera aussi l’amélioration des revenus des populations rurales ainsi que l’amélioration progressive de la balance de paiement de l’État.
Le ministre Docteur Mahmoud Camara a indiqué à cet effet que “Nos ressources naturelles constituent un élément déterminant dans la mise en valeur des importantes opportunités de compétitivité de notre secteur agricole. Leur préservation exige, de notre part, d’orienter notre agriculture sur des sentiers plus durables et moins prédateurs de ces ressources. En effet, n’est réellement rentable que ce qui est durable”.
Répartition géographique
Pour rendre efficace la nouvelle politique agricole, l’État se propose de soutenir désormais la production vivrière notamment la culture du riz, des céréales, des tubercules, des plantains, des légumineuses alimentaires, les productions animales.
En Guinée maritime, il sera question de diversifier la culture du riz de Mangrove, les fruits et légumes, les anacardiers, les palmiers à huiles et l’aviculture. Pour la Guinée forestière, un accent sera mis sur le développement du potentiel de production du palmier à huile, le riz des bas fonds, le café, l’hévéa, les bananes plantains et la porciculture.
En Moyenne Guinée, la politique agricole vise le développement des cultures de céréales : le fonio, le maïs. De même que la culture de l’arachide, des cultures maraîchères, des cultures fruitières, la culture de rente : café,cacao
La promotion de la culture de pomme de terre et la production de la viande bovine et de petits ruminants. En Haute Guinée, la nouvelle politique agricole mise sur les possibilités de débloquer la production cotonnière, le développement des céréales : le riz des plaines alluviales, le mais. Sans oublier le manioc, l’arachide, la production bovine et de petits ruminants, la culture de l’anacarde, de l’igname.
Un des objectifs fondamentaux de la nouvelle politique agricole, est d’assurer une croissance du PIB agricole de l’ordre de 6% en l’an 2010 et de 10% en l’an 2015. Selon les promoteurs de cette politique, “la nouvelle vision de l’agriculture guinéenne, telle que formule par les acteurs du développement rural est celle d’une agriculture à dominante familiale, intensive, productive, moderne et durable exploitant ses avantages de compétitivité sur les marches national, régional et international et capable d’améliorer les revenus des producteurs à même de garantir la souveraineté alimentaire et de réduire la pauvreté”.
Et pour y parvenir, la nouvelle politique agricole entend s’assurer la disponibilité de bonnes semences, d’engrais, de produits phytosanitaires, de vaccins et de médicaments vétérinaires. Les experts en technique agricoles mises aussi sur la recherche et la vulgarisation de techniques agricoles, la maîtrise de l’eau, la lutte contre les pratiques de dégradations des ressources naturelles. Le financement du secteur agricole par le biais d’un crédit agricole adapté et la mise en place de fonds de développement du secteur agricole bâti sur la base de prélèvements opérés sur les importations de denrées alimentaires.
Les trois axes de la Politique nationale de développement agricole
La stratégie de la politique nationale de développement agricole s’articule sur trois axes.
Le premier axe consiste à “renforcer la sécurité alimentaire par la diversification et l’accroissement des productions vivrières, animales et forestières pour promouvoir la souveraineté alimentaire”. Cette stratégie s’appui sur l’augmentation de la productivité et de la compétitivité de la production agricole et en particulier rizicole sur une base durable. Elle vise essentiellement la promotion de la production vivrière et l’appui à l’amélioration de la productivité et de la santé animale. Pour le cas de la filière riz, un travail de fonds sera effectué par des investissements rizicoles dans deux grands pôles de développements situés en Basse Guinée dans les plaines de mangrove et en Haute Guinée dans les plaines alluviales le long du fleuve Niger et de ses affluents. Des aménagements hydro-agricoles, le développement de la riziculture des bas-fonds, la diffusion du riz NERICA.
Le deuxième axe vise à “accroître les revenus agricoles par le développement des opportunités économiques et une amélioration de l’accès au marché dans le cadre de la lutte contre la pauvreté”. À travers cet axe, il sera question de fédérer les investissements relatifs aux filières agricoles afin de mieux positionner la Guinée sur le marché international. À ce niveau, un accent particulier sera mis sur la promotion des cultures commerciales d’exportation. L’objectif est de promouvoir des produits agricoles répondant aux normes de qualité capables de justifier les investissements requis. La production va porter sur la mangue, l’ananas, le café, le coton et d’autres produits divers comme le haricot vert extra fin, la tomate cerise, le melon, la pastèque, la fraise, le litchi, les fleurs coupées.
Le troisième axe porte sur “le développement des mesures transversales d’accompagnement pour garantir l’efficacité des investissements”. Il vise à favoriser le développement d’un secteur agricole privé dynamique en rapport avec un environnement législatif et réglementaire adéquat. De même que le développement d’un système viable de financement des producteurs, des professionnels au niveau des différents segments du secteur agricole. Pour assurer un succès particulier à la politique, il est envisagé la formation des acteurs du secteur agricole en technique agricole.
Un montant de 2.321.000.000 de dollars EU est alloué à la politique nationale de développement agricole. Ce montant couvrant la période 2007- 2015 sera injecté dans huit programmes.
295 millions de dollars pour le programme de développement des productions vivrières ;
550 millions de dollars pour le programme de promotion des exportations agricoles ;
250 millions pour le programme de développement des productions animales ;
400 millions pour le programme de développement des infrastructures d’accès et de marchés des produits agricoles et d’élevage ;
500 millions de dollars pour le programme de gestion intégrée des eaux des sols et des ressources naturelles ;
200 millions dollars pour le programme de renforcement des capacités des services agricoles ;
environ 26 millions dollars débloqués pour le programme de prévention et de gestion des crises alimentaires ; et
100 millions pour le programme de développement du marché des intrants, équipements agricoles et vétérinaires.
Pour bien des observateurs du secteur agricole, ce programme est venu à point nommé pour montrer le chemin que la Guinée devrait emprunter pour rejoindre le concert des nations qui ont atteint le cap de l’autosuffisance alimentaire.
b[Abou Bakr
Journaliste indépendant BM]b