Union des Forces Démocratiques de GuinéeMardi 18 Novembre 2008
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Bah Oury : Premièrement, tout le volet du cinquantenaire dont le président est le ministre de l'Economie et des Finances, M. Ousmane Doré, fait partie des dossiers que le gouvernement doit éventuellement réexaminer et réévaluer à la lumière du contexte actuel, des possibilités du pays et des objectifs majeurs que nous nous fixons. Pour le moment, ce dossier est laissé tel, mais je pense que dans les prochaines semaines il y aura une discussion qui permettra de voir ce qu'il faut faire. Par rapport aux questions fondamentales de la réconciliation nationale, c'est-à-dire la mise en place de la sous-commission vérité et réconciliation, le Ministère actuel inscrit cela au-delà des festivités du cinquantenaire de notre indépendance parce que, ça fait partie des attributions précises. Nous devons veiller à ce que ce pays se réconcilie avec lui-même et la société avec elle-même. Notre action s'inscrit bien au-delà des évènements ponctuels de festivités marquant les cinquante ans de notre pays. Le Ministère va mettre en place un comité national de la réconciliation nationale qui sera un organe consultatif et on se donnera les moyens d'avoir les éléments les plus représentatifs de notre société, les plus désireux de voir ce pays aller de l'avant et réconcilié. Il y aura beaucoup d'autres axes qu'on n'a pas encore fini de défricher pour pouvoir agir par rapport à cette problématique. Pour les aspects pratiques qui découlent de l'organisation du cinquantenaire, je pense que très rapidement les attributions qui relèvent directement du Ministère seront prises en compte et en charge globalement par mon département. Je dois vous dire d'ores et déjà qu'il y a la médiation sociale qui a été financée par les fonds du Secrétaire Général des Nations Unies qui a permis à la Guinée d'engager des consultations à la base sur l'ensemble du territoire national qui ont débuté au mois d'avril dernier et qui prendront fin les 12, 13 et 14 août prochain par l'organisation des journées nationales de la concertation ou du dialogue ; on ne s'est pas encore entendu sur l'appellation mais, l'essentiel c'est que les 12, 13 et 14 août il y aura un rassemblement qui permettra à la nation de se regarder en face, de s'interroger sur nos problèmes, leurs causes et de prendre des engagements, chacun dans le domaine de ses compétences pour que ça change de manière radicale. Tous ces éléments seront versés dans une dynamique avant les festivités du cinquantenaire pour montrer que la Guinée est résolument tournée vers un autre avenir que celui que certaines personnes pensaient dans une vision pessimiste de l'évolution de notre cher pays.
Horoya : A propos de la concertation prévue les 12, 13 et 14 août, peut-on savoir quelles seront les parties prenantes ?
Bah Oury : L'ensemble des acteurs de la vie nationale seront autour de la table au cours de ces journées. Le gouvernement, les institutions républicaines, les institutions au sens large, à savoir les coordinations régionales, les syndicats, la société civile, les partis politiques, les forces armées etc. seront présents à cette concertation parce que le diagnostic qui est déjà fait prend en compte chaque composante de la nation qui est interpellée par rapport à ses responsabilités et ses engagements pour le futur.
Horoya : Aurez-vous le temps d'achever tout cela, quand on sait que le cinquantenaire et les élections législatives arrivent à grands pas ?
Bah Oury : Les priorités fondamentales du gouvernement sont deux ordres : Premièrement, il faut que nous réussissions à organiser les élections législatives transparentes et crédibles dans les meilleurs délais. C'est une manière de restaurer la légitimité des institutions de la République. Ce qui est un élément fondamental réconciliateur et fédérateur de la nation. Ce n'est pas seulement l'élection de personnes au perchoir, c'est un acte fort de réconciliation, de fédération et de ré légitimation d'un élément essentiel de la vie de notre pays. Le gouvernement tout entier, le Premier ministre et le Président de la République s'engagent à tout faire pour que les élections législatives puissent se tenir dans les meilleurs délais. Deuxièmement, c'est l'achèvement du programme avec le Fonds Monétaire International (FMI) en ce sens qu'il y a une nécessité absolue à gérer rigoureusement les maigres ressources publiques. Pour réussir ces deux priorités, il faut déjà parvenir à la paix sociale. Ce qui suppose que le gouvernement prenne en compte les revendications essentielles des populations, à savoir le problème d'insécurité, le manque d'eau et d'électricité, le problème d'emplois pour les jeunes, le problème d'accès aux denrées de première nécessité, la cherté de la vie. Tout cela nécessite un effort particulier, une orientation particulière des finances et de la mobilisation générale pour avoir la paix sociale et organiser correctement les législatives tout en faisant en sorte que le point d'achèvement du programme avec le FMI soit atteint. Nous avons donc une série de contraintes avec des maigres ressources mais, ce qu'on demande à nos compatriotes c'est de percevoir le cinquantenaire de notre indépendance comme étant le réveil ou la renaissance de la Guinée. Nous sommes à un tournant extrêmement important pour notre pays, alors il faut qu'on se donne la chance. C'est-à-dire que de part et d'autre, nous devons comprendre que nous ne pouvons faire tout ce que nous voulons immédiatement.
Horoya : On constate qu'il y a de moins en moins de solidarité dans notre société. Que comptez-vous faire pour raviver cette valeur africaine pour ne pas dire guinéenne ?
Bah Oury : La solidarité nationale est un vaste programme avec différents volets mais, nous n'allons pas décortiquer tout cela maintenant. Cependant, il faut reconnaître qu'il y a une forme de solidarité entre les Guinéens. Les coordinations régionales constituent des espaces de solidarité entre les communautés et c'est pourquoi celles-ci, en tant qu'institutions, font partie des partenaires du Ministère de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions. Comme vous le savez aussi, la solidarité fait partie de notre devise ; bien sûr, le travail manque en Guinée, la justice est à faire, la solidarité est aussi à construire. C'est la raison pour laquelle, l'une des premières choses que nous comptons faire est le développement de actions citoyennes. Les Guinéens ont montré des preuves de citoyenneté en janvier-fevrier 2007. Comment pouvez-vous imaginer qu'un pays dit majoritairement analphabète et rural parvienne dans le calme, la sérénité et la cohésion, en dépit de toutes les contradictions qui puissent exister, à observer pendant deux mois une grève générale sans actes de vandalisme et autres. Bien sûr que par endroits ça a dérapé dans des circonstances particulières et des moments particuliers. Pour cela, l'histoire se chargera de juger. Fondamentalement, c'est un acte citoyen, une marque de solidarité, l'élément moteur du changement. Le Président de la République l'a très bien compris et a facilité les mesures et les actions permettant d'aller dans le sens de ce changement. Pour preuve, la participation de l'ensemble des forces vives de la nation, y compris les partis politiques de l'opposition, dans le gouvernement actuel est une première dans l'histoire de la Guinée moderne. De ce point de vue, il faut rendre à César ce qui appartient à César. C'est un acte majeur, fondateur d'une nouvelle dynamique pour la démocratie dans notre pays. Tout cela pour vous dire que la solidarité n'est pas difficile à reconstruire dans notre pays.
Elle existe sur le plan traditionnel, il faut juste la construire sur le plan moderne à travers les mutuelles, les finances solidaires. En fait, il faut explorer tous les sentiers de l'économie solidaire, s'inspirer de ce qui se passe ailleurs pour trouver des solutions adaptées à notre pays de manière durable. Ce n'est pas une affaire du Ministère seulement. Nous sommes là pour jeter les jalons de quelque chose qui transformera la société guinéenne pour des décennies et des décennies. Une chose que je voudrais ajouter à propos de solidarité, c'est pour la première fois que l'ensemble du gouvernement, grâce à la communauté internationale, est entrain d'assurer la distribution de vivres pour la période de soudure. Il y a près de trente ans, on exigeait des populations des normes. Aujourd'hui, c'est la puissance publique qui donne des sacs de riz et de maïs, de l'huile aux plus démunis de nos concitoyens.
Horoya : D'aucuns pensent que la chance de ce gouvernement, est la participation de l'opposition en son sein, contrairement au précédent. Quel est votre point de vue ?
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Bah Oury : Ecoutez, on est dans des processus sociaux. Il ne faut pas jeter la pierre à qui que ce soit. Il y a des choses possibles à un moment donné, il y en a qui ne le sont pas.
Ce n'est pas en Guinée seulement que ce genre d'évènement est arrivé. Dans tous les processus sociaux majeurs, la première phase est presque toujours ratée parce que c'est généralement une phase d'infantilisme, avec la croyance qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Dans la vie, ce n'est pas parce que je veux que je peux. La prise en compte de cette réalité est cruciale. Je pense que la période d'infantilisme dans le processus d'évolution de la Guinée est dépassée. On est dans une phase de la raison, de la prise en compte des contraintes et du possible. C'est pour cela, avec plus de chance, d'intelligence, de maturité et de solidarité de l'ensemble des populations, nous parviendrons à réussir ce que notre pays n'a jamais pu par le passé. Aujourd'hui, les gens veulent travailler pour construire un pays fort qui va de l'avant. C'est cela le ressort qui a fait que des gens sont sortis dans la rue pour mourir afin que d'autres personnes vivent. Tous les acteurs doivent prendre en compte ce changement. Nous ne pouvons plus agir et réagir comme nous le faisions il y a dix ans. Aujourd'hui, la force populaire demande que toutes les élites soient en phase avec ses requêtes.
Propos recueillis par
Ousmane BARRY et Daouda Tamsir NIANE
HOROYA
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