L'observateur : Qu’est ce qui motive l’intégration de Afia dans l’UFDG ?
M, Bah : Vous savez pour des raisons que n’arrivons pas à nous expliquer, la demande de légalisation de AFIA a buté sur des blocages au niveau du Ministère de l’Administration du Territoire et cela pendant prés de deux ans. Entre – temps l’itinéraire politique des amis de Dr Saliou Bella DIALLO a connu quelques détours plus ou moins heureux avec l’UNPG de M.Souna Yansané .
Aux élections communales de décembre 2005, l’UFDG avait fait cause commune avec Afia sur l’ensemble du territoire à quelques exceptions prés. Depuis lors le désir de s’unir s’est renforcé pour engager les responsables des deux structures à œuvrer dans cette direction .Il faut noter que les jeunes des deux entités ont joué un rôle crucial dans la mise en œuvre de l’intégration.
Mais plus encore, permettez-moi de vous faire cette confidence. Au début des années 1990 ,j’ai subi des pressions alors que j’étais jeune secrétaire- général de l’UFD afin d’opter entre l’UNR de BA Mamadou et le PRP de Siradiou DIALLO . L’UNR me proposait alors d’être le secrétaire- général de ce parti. J’ai décliné les offres en arguant qu’il n’était pas opportun de s’aligner pour l’un ou l’autre à ce moment. En effet j’étais persuadé qu’il fallait une attitude de réserve pour pouvoir à l’avenir fédérer et réconcilier les partisans de ces sensibilités politiques.
Les événements nous ont raison, El hadj BA Mamadou et des milliers de ses compagnons ont adhéré à l’DG dés octobre 2002. Aujourd’hui par l’intégration de Afia, c’est le noyau dur du PRP de feu Siradiou qui rejoint l’UFDG ; Une étape très importante est ainsi franchie qui permet l’implantation du parti dans plusieurs préfectures du pays.
b[L'Observateur : Une telle démarche est – elle encore envisager avec d’autres formations politiques dans la perspective des prochaines législatives ?]b
M, Bah : Nous sommes très engagés au niveau de l’UFDG à faire aboutir une proposition d’alliance électorale avec l’UPR. Depuis le début du mois de juin 2007, les discussions entre les deux commissions ont débuté. C’est un peu lent à mon avis mais ce qui importe que nous parvenions dans les meilleurs délais à concrétiser l’établissement d’une coalition électorale UPR/UFDG à travers une liste unique.
Dans un second temps des approches spécifiques seront engagées pour couvrir l’ensemble du pays en relation avec des personnes ressources ou de groupes de personnalités. De ce côté, il est encore tôt pour en dire davantage. Le moment venu, nous serons plus disert sur la question. .
b[L'Observateur : Pensez –vous que la tenue des dites élections est possible avant la fin de l’année ?]b
M, Bah : C’est vrai, du temps a été perdu. Selon le PNUD à ce jour 6 à 7 semaines sont à rattraper pour tenir l’engagement de pouvoir organiser correctement les élections en décembre 2007. Le Ministère de l’Intérieur se plait à faire traîner le processus de mise en place des structures impliquées dans les élections. La CENI n’est pas encore installée, alors que celle –ci est déterminante pour la fixation du chronogramme des législatives. Le Ministre de l’Intérieur a été vertement interpellé par les partis politiques lors de la rencontre avec le Premier Ministre le jeudi 26 juillet 2007. Les partis politiques à cette rencontre ont montré leur détermination à faire les bouchées doubles pour les élections se tiennent à la fin de l’année.
Le Gouvernement doit savoir que la tenue d’élections législatives crédibles et transparentes dans la période indiquée est un facteur de paix et de stabilité. Il serait suicidaire de vouloir rejeter ces élections aux calendes grecques. La stabilité de la Guinée dépend du renouvellement de la représentation parlementaire. Avant qu’il ne soit tard il est urgent de se hâter d’organiser les consultations électorales.
b[L'Observateur : Après la nomination des préfets et gouverneurs, des partis d’opposition y compris le vôtre se disent sceptiques quant à la tenue d’un scrutin régulier et transparent. Que dites vous à propos ?]b
M, Bah : Après plus d’une centaine morts pour avoir réclamé le changement dans l’unité des composantes ethniques et nationales du pays et la mise en place d’un gouvernement devant mettre en place les réformes nécessaires, la nomination des préfets et des gouverneurs est une trahison de l’aspiration populaire exprimée lors des grèves et des révoltes de janvier et février 2007. Cet acte gouvernemental est dangereux et très grave pour la stabilité de la Guinée.
Comment justifier l’absence de méthode de choix rigoureux, objectif et transparent pour la désignation des préfets et gouverneurs ? Toute entreprise privée et toute organisation internationale aurait dressé les termes de référence pour un appel d’offres afin de recueillir les dossiers des candidatures. Ensuite des tests et des entretiens avec un jury dont la composition et le professionnalisme seraient irréprochables, auraient enfin permis de sélectionner les meilleurs pour servir la République de Guinée. Dans ce schéma, qui aurait pu accuser le Premier Ministre et son Ministre de l’Intérieur de faire preuve de choix partiaux en favorisant les candidats avec lesquels la proximité familiale est flagrante ? Il leur serait impossible d’avoir des attitudes népotiques dans ce cas.
Le Premier Ministre et son Ministre de l’Intérieur ont promu par cet acte de nominations des attitudes qui sont éloignées de la bonne gouvernance. Les autorités actuelles ont agi comme l’avait fait le gouvernement du CMRN en nommant en 1984 les ambassadeurs presque tous ayant une proximité ethnique avec le Général Lansana Conté et le Ministre des Affaires Etrangères de l’époque .Nous avons connu la suite avec la déchirure de la communauté nationale avec les événements de juillet 1985. Avec le recul historique que nous avons, nous condamnons cette dérive ethnocentrique et qui ne servira point ses inspirateurs. La Guinée d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Déjà par cette faute politique, le Premier Ministre a perdu sa crédibilité et n’apparaît plus comme le Premier Ministre du changement et du renouveau que la Guinée a salué au début de mars 2007. Maintenant il a lui-même fourni aux nostalgiques du système CONTE, l’arme par laquelle il sera combattu. En ce qui nous concerne nous estimons que le combat pour le changement est plus que jamais actuel et ne passe pas nécessairement par un soutien aveugle au Premier Ministre Lansana Kouyaté.
Nous fondions un grand espoir d’avoir une administration territoriale compétente, neutre et républicaine afin d’avoir des élections législatives crédibles transparentes et apaisées mais nous sommes désormais très sceptiques sur la capacité de l’administration territoriale d’être le vecteur de la « bonne gouvernance électorale ».
b[L'Observateur : Récemment des leaders syndicaux ont cru bon de tirer la sonnette d’alarme comme pour rappeler le PM à l’ordre. Partagez vous les préoccupations des syndicats ? Pourquoi ?]b
M, Bah: Les responsables syndicaux se plaisent à dire que le Premier Ministre Lansana Kouyaté leur doit sa désignation. Par conséquent ils se sentent très concernés par sa gouvernance. Et à juste titre, ils se font l’écho des ressentiments de la population en dénonçant les errements du Gouvernement Kouyaté. Nous partageons leurs inquiétudes, comme nous vous l’avons exprimées tut à l’heure.
b[L'Observateur : Entre un Chef de l’Etat qui na pas dit son dernier mot et des syndicats de plus en plus menaçants, quelle est, selon vous, les marges de manœuvre qui reste à M.Lansana KOUYATE ?]b
M, Bah : Comme nous l’avions dit au mois d’avril, le gouvernement doit faire face à trois principaux défis :
D’abord il faut réussir la cohabitation avec le Président de la République. En effet, ce n’est que par la pression populaire qu’un Chef de gouvernement, proposé par les syndicats a été nommé par le Général Lansana Conté. C’est pour cela que l’équipe de M.Kouyaté est condamnée à réussir pour assurer le redressement économique du pays, tout en préservant la paix sociale. L’épée de damoclés présidentielle est au dessus du gouvernement. Tant qu’il drainera un soutien massif de la population, le Premier Ministre ne court aucun risque mais au moindre faux pas le Président de la République drapé dans ses prérogatives constitutionnelles pourrait prendre des initiatives au grand détriment de la cohésion gouvernementale. Déjà il se manifeste en suspendant la passation de service entre l’ancien et le nouveau préfet de Dubréka . Ce qui est sûr l’état de grâce est bel et bien fini pour le Premier Ministre.
Le second défi est l’amélioration dans le court terme de l’allocation des services de base comme l’eau et l’électricité pour les populations de Conakry. Si le gouvernement parvient de manière spectaculaire et durable à assurer l’approvisionnement en eau et en électricité, alors il aura les coudées franches pour s’attaquer aux réformes qui nécessitent plus de temps pour s’enraciner dans le quotidien, comme l’inflation, la dépréciation monétaire, et l’emploi des jeunes.
Le troisième défi est la capacité politique du gouvernement à concilier les impatiences légitimes de la population, les revendications corporatistes au sein des forces armées nationales, les résistances aux réformes et au changement que les tenants de la mouvance présidentielle commencent à manifester et l’immobilisme atavique de l’administration guinéenne. En effet les attentes sont nombreuses et les contraintes sont importantes à savoir environnement hyper- inflationniste, absence des réserves de change, économie extravertie et une forte propension à l’importation. Mais le plus difficile sera la lutte contre le détournement des deniers publics et la sanction des crimes économiques perpétrés par les bandits à col blanc. En plus il faut nécessairement remettre le pays au travail.
A fin juillet 2007, la communauté internationale vient d’accorder une chance au gouvernement Kouyaté en lui donnant les moyens de financer son plan d’urgence. Saura t’il saisir cette chance ? En aura t’il le temps et les moyens humains?
L'Observateur : Avec Conté, Kouyaté et les syndicats qui occupent le devant de la scène politique, que répondez – vous à ceux qui estiment que les partis avez abdiqué ?
M, Bah : Les événements de janvier et février 2007 ont engagé l’ensemble des populations guinéennes sans exclusive et sans discrimination. L’UFDG a eu sa part de responsabilité dans l’organisation de la lutte. Les observateurs reconnaissent que partout où l’DG est présente et influente, l’intensité de la lutte y a été très âpre. Nous avons enregistré plusieurs morts et des blessés dans nos rangs. Nous souhaitons seulement que chacun reconnaisse « à César ce qui est à César ».Malheureusement l’esprit d’équité et de partage n’est pas ce qui est très répandu parmi nous. Les partis travaillent et préparent l’avenir. Si nous sommes arrivé à changer la société guinéenne, il a fallu que des pionniers se soient sacrifiés pour cela puisse être possible aujourd’hui. Quand la clameur s’élève, on oublie très souvent les premiers tapotements des mains qui ont donné le signal.
Merci pour votre aimable attention.