PROPOSITION PERSONNELLE AU PREMIER MINISTRE A. TIDIANE SOUARE
PROGRAMME D’URGENCE 1ER JUILLET AU 31 DECEMBRE 2008
Le séminaire du Premier Ministre Lansana Couyaté tenu à Bel Air (Boffa) le 24 – 27 mai 2007 avait proposé un « programme d’urgence des actions prioritaires de juillet à décembre 2007 dont certaines sont très générales pour être mises en œuvre dans une situation de crise (par exemple, consolider l’unité nationale et préserver la paix)
Ce programme s’est malheureusement « embourbé » du fait de l’incapacité du Premier Ministre à s’en tenir aux objectifs fixés. Il a très vite visé le fauteuil présidentiel et s’est livré en conséquence à des actions démagogiques et populistes qui ont créé plus de problèmes qu’ils n’en ont résolus en fin de compte.
Nous avions à l’époque dans une note du 22 août 2007, restée sans suite malgré nos nombreuses relances, essayé d’attirer son attention sur certaines difficultés. En désespoir de cause, nous avons décidé de ne plus lui apporter notre soutien.
Aujourd’hui Monsieur Ahmed Tidiane SOUARE est en train de former un gouvernement, nous lui souhaitons bonne chance car les problèmes sont demeurés les mêmes et il ne sera pas facile de sortir de cette crise.
Tout d’abord, nous souhaitons qu’il ne se lance pas dans un programme à moyen terme dit de politique générale qu’il ne pourra pas réaliser dans les conditions actuelles de crise. Nous savons qu’il reçoit beaucoup de programmes « mirobolants » mais il doit rester modeste et prudent. Il faut être debout avant de courir.
Il doit pour le moment se conduire en pompier qui doit éteindre le feu avant de songer à reconstruire la maison. Son discours de politique générale peut bien attendre la session budgétaire de 2008 ; dans ce laps de temps, il aura à notre avis, réussi à maîtriser la situation, établi un véritable état des lieux, bloqué quelques fuites, mis en place quelques contrôles, nommé des cadres compétents et honnêtes à des postes clés, établi des procédures de fonctionnement des Administrations financières, etc.
Pour le moment, nous lui proposons de se contenter d’un programme d’urgence à mettre en œuvre du 1er juillet au 31 décembre 2008.
Programme d’urgence Juillet 2008 – Décembre 2008
Ce programme doit être pratique et opérationnel. Il doit être chiffré rapidement et peut être mis en oeuvre immédiatement car il ne sera pas très coûteux
I) Organisation des élections législatives
Elles doivent impérativement avoir lieu au plus tard le 15 décembre 2008 pour permettre une sortie de la crise politique
Des actions peuvent être entreprises immédiatement
- campagne médiatique de la RTG, des radios privées et des radios rurales pour amener les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et obtenir leur carte d’électeur avec photo et empreintes digitales
- mobilisation des cadres décentralisés de l’agriculture, de la santé, de l’éducation nationale pour participer au recensement en encadrant les populations
- sensibiliser les transporteurs afin qu’ils apportent leur soutien pour faciliter le déplacement des citoyens pour se rendre aux centres de recensement
- donner des instructions aux autorités locales et aux services de sécurité de se mettre à la disposition de la CENI et leur faciliter l’exécution de leur mission de contrôle.
II) Assainissement de l’administration publique
L’analyse des audits doit permettre de corriger les dysfonctionnements dans la gestion des ressources publiques, s’il y a des poursuites judiciaires à entreprendre, cette tâche doit être laissée à la justice qui dispose de tous les moyens pour s’en occuper.
Cependant, pour éviter que les détournements ne continuent, il appartient au gouvernement de prendre immédiatement des dispositions pour élaborer des procédures plus précises et mettre en place des contrôles plus efficaces à tous les lieux où on a détecté des anomalies, des détournements ;
1- niveau du personnel (comment éviter les fictifs)
2- niveau des recettes
comment les sécuriser ?
(reformes à entreprendre à la douane, au trésor, aux impôts, à la BCRG)
3- niveau du circuit des dépenses (dépenses en carburant à contrôler)
4- niveau du patrimoine immobilier (récupérer les immeubles détournés)
5- niveau du Garage du Gouvernement et du CADAC pour le contrôle et suivi des véhicules
6- contrôle des missions à l’étranger et des nombreux séminaires avec perdiems
7- recherche des dépenses fictives, achats douteux, etc
8- contrôle des marchés de l’Etat (refus des marchés de gré à gré)
9- fin des barrages et des rackets policiers qui ruinent les transporteurs privés
10- procéder à des reformes drastiques au niveau de la justice et de la police judiciaire pour plus de transparence, d’équité et moins de corruption.
III) Préparer la jeunesse guinéenne à l’emploi.
Il faut profiter des vacances scolaires pour faire une opération spectaculaire pour donner un espoir à la jeunesse autre que des discours et des programmes « bidons ».
Il faut commencer d’abord par les recenser pour déterminer leurs aptitudes, attitudes, capacités et leur vocation afin de savoir comment les aider à s’insérer dans la vie active
Pour cela, il sera nécessaire d’organiser immédiatement des chantiers de la jeunesse pour les jeunes de 15 à 25 ans dans chaque préfecture du pays.
Une équipe pluridisciplinaire se chargera de mettre au point les tests psychotechniques, les examens médicaux, etc, sensés connaître le jeune qui saura ainsi qu’on s’occupe effectivement de lui trouver du travail.
La première étape, de veiller à ce qu’il soit employable et qu’il puisse librement choisir un emploi adapté à ses qualités et souhaits
Cette étape prendra à peu près 3 mois (à la fin des vacances scolaires) si on veut faire un travail durable et utile pour l’avenir.
La deuxième étape consistera à indiquer au jeune où il peut trouver une formation professionnelle sur mesure selon ses aptitudes, connaissances ou autres. La fin de cette deuxième étape peut coïncider avec la rentrée scolaire prochaine des écoles professionnelles.
La troisième étape sera de trouver des centres d’apprentissage ou des stages pour ceux qui auraient déjà franchi la deuxième étape.
Tout cela peut être mis rapidement en place si on leur accorde une priorité budgétaire absolue car il s’agit d’éviter que la jeunesse ne se lance encore dans la rue pour faire des dégâts comme en janvier – février 2007.
C’est un acte de souveraineté.
IV) Service civique national
Il y a aussi un autre groupe de jeunes de 25 à 35 ans qui se trouve soit au chômage (non emploi), soit en route pour l’exil, soit tourné vers le banditisme, sont à la charge de leurs parents.
S’occuper d’eux est une œuvre de salut public dont le coût sera très vite amorti par tous les bénéfices directs et indirects qu’on obtiendra si on les met au travail productif et rentable.
Le service civique national doit être confié à l’Armée qui actuellement, semble désoeuvrée, ne faisant ni manœuvre militaire, ni travaux de génie civil.
C’est l’occasion de les occuper dans des opérations utiles pour le développement du pays.
La plupart des bailleurs de fonds sont disposés à financer un service civique national ;
V) Appui aux femmes des marchés en produits vivriers
Quand on parle du panier de la ménagère, on insiste beaucoup sur le prix du riz, alors que pour préparer un plat de riz, il faut des légumes et condiments dont le prix est souvent supérieur à celui du riz.
A notre avis, il serait bon de prendre en charge toute la filière de légumes et condiments pour pouvoir baisser le prix des condiments
- organiser les femmes pour les cultures maraîchères (fourniture d’engrais, de semences, de financement)
- organiser la commercialisation des produits et approvisionner correctement les marchés en légumes et condiments
- mettre en place un service de conditionnement pour le stockage, le transport et l’emballage des produits vivriers.
VI) Mettre en place un office national de la Sécurité Alimentaire (ONSA).
Cet office aura pour mission de
- gérer les stocks de sécurité alimentaire financés par le gouvernement, mis sous gestion privée en accord avec la chambre de Commerce
- assister les producteurs de céréales et de tubercules dans les activités de production (fourniture d’engrais, de semences, de produits phytosanitaires, d’équipements divers)
- mise en place des centres d’achat et de commercialisation (banque de céréales) et de décorticage industriel.
Cette opération est complémentaire des actions du Ministère de l’Agriculture pour une campagne agricole vigoureuse
VII) Organiser des travaux de haute intensité de main d’œuvre (HIMO)
Il sera nécessaire d’entreprendre très rapidement des travaux sommaires à confier à des PME locales avec un encadrement adéquat (contrôleur de travaux)
- nettoyage et assainissement des villes
- entretien routier en accord avec le Fonds routier
- participation au PNIR (Projet national d’investissement routier)
- AGETIPE – Agence d’exécution des travaux d’intérêt public pour l’emploi
- Sous-traitance des grands travaux notamment dans les mines avec encadrement public.
VIII) Transport public de passagers
Il est indispensable que l’Etat organise et subventionne une société de transport public. En général, elles ne sont jamais rentables et servent surtout d’appoint au secteur privé avec cependant de meilleures conditions de confort et de sécurité.
Il faut surtout penser à faciliter aux transporteurs privés l’achat de Magbanas et de cars privés en les aidant à négocier avec les concessionnaires automobiles, des achats à crédit (en général 2 à 3 ans) pour renouveler un parc automobile hors d’usage et dangereux
Il faudra mettre en place un système de garantie par des sociétés de caution mutuelle qui se chargeront de récupérer les créances à la place des banques.
En Côte d’Ivoire, la SOTRA qui est, paraît-il notre conseiller technique est déjà tombée en faillite 2 ou 3 fois mais elle n’est pas seule à fonctionner car il y a les taxis, les Gbakas et les Woro-woro en place et des cars modernes à tarifs différents pour assurer le transport des passagers dans la ville d’Abidjan.
IX) Préparation des reformes à entreprendre
Le Premier Ministre ne doit cependant pas se contenter des mesures d’urgence, il doit préparer et définir sa politique de développement dans la mise en œuvre démarrera en 2009.
Ainsi que je l’avais dit dans une note du 14 mai 2007, «comme il s’agit d’une sortie de crise, on ne peut procéder à des reformes dans la précipitation et sans un large consensus avec les acteurs économiques et sociaux afin que les reformes soient acceptées avec les conséquences qui en découlent nécessairement.
Etant donné que la population s’est battue pour un changement qu’elle a réclamé à cor et à cri, il faudra démontrer qu’il y aura un changement notable :
- un changement dans les mentalités, les habitudes et les attitudes
- un changement dans les méthodes de travail et dans la gestion des institutions et des entreprises.
Pour certains secteurs notamment sociaux, il sera difficile d’entreprendre des reformes importantes sans procéder à des débats publics avec la participation effective des acteurs sociaux.
Il faut organiser des débats ouverts, sur la base d’une information objective et fiable mettant tout le monde au même niveau et permettant d’obtenir un consensus acceptable par tous.
Ce sera le cas pour l’éducation et la santé où en général, on organise les Etats Généraux de l’Education et les Assises Nationales de la Santé Publique.
Dans le secteur économique, il faut se garder de se lancer dans des plans théoriques dont le financement risque de ne pas être assuré.
X) Réorganisation des Sociétés d’eau et d’électricité (EDG et SEG)
Le problème de la fourniture d’eau et d’électricité se pose encore avec acuité en Guinée et il risque de se poser longtemps encore.
Ni leur privatisation, ni leur réorganisation n’est possible aujourd’hui tant la situation est structurellement ma uvaise.
Il faut donc procéder à des opérations chirurgicales de décentralisation et d’autonomisation pouvant les rendre gérables.
Les problèmes se trouvent à trois niveaux
- production
- transport
- distribution.
Nous proposons de créer des sociétés différentes à chaque niveau. Pour les sociétés de production et de transport, il faudra nécessairement faire appel à l’assistance technique étrangère soit par concession ou la méthode BOT pour leur reprise en main.
Le personnel actuel pourra être affecté dans les sociétés communales ou préfectorales de distribution d’eau et d’électricité dont le gouvernement assurera la gestion avec des contrôles rigoureux et efficaces avec la création d’une autorité de régulation de l’eau et électricité.
Le problème des investissements doit faire l’objet d’une attention particulière avec nos partenaires au développement sur une longue durée, dans le cadre de la maîtrise de l’eau du « Château de l’Afrique de l’Ouest. »
XI) Accord avec le FMI/Banque Mondiale
Le respect scrupuleux des accords avec le FMI est un impératif incontournable car il conditionne absolument l’aide étrangère et la réduction de notre endettement. Il faut donc exclure tout risque qui peut mettre cet accord en difficulté et s’assurer en permanence qu’on respecte les conditionnalités et les équilibres macroéconomiques.
Il est inutile d’insister sur ce point capital.
XII) Constitution d’une solide équipe gouvernementale
Nous espérons que le Premier Ministre réussira à constituer une équipe choisie sur la base de la compétence et non du copinage habituel. Elle devra se mettre rapidement à l’œuvre pour réaliser son programme d’urgence sans autre visée politicienne vers un pouvoir que tout le monde croit vacant et sans maître. Ce programme est réaliste et réalisable dans la situation actuelle.
Voilà ma contribution personnelle à Monsieur Ahmed Tidiane SOUARE que mon Parti (l’UFDG) a décidé de soutenir en proposant de participer à son gouvernement.
C’est une contribution fraternelle et désintéressée car je ne réclame rien pour moi-même et je demeure à la disposition du Premier Ministre pour le suivi.
Mon seul souhait est de voir la nouvelle expérience réussir pour que la Guinée sorte enfin de cette crise et que la jeunesse notamment puisse trouver du travail dans un environnement économique favorable et durable.
Que Dieu aide la Guinée et les Guinéens.
Conakry, le 5 juin 2008
Président d’honneur de l’UFDG