Ex-Ministre de Réconcialiation Nationale , de la Solidarité et des Rélations avec les Institutions
Son Excellence Amadou Oury BAH, Ministre
« Nous devons tourner le regard vers l’avenir, agir maintenant pour régler les problèmes d’hier et du présent, afin de préserver les acquis du pays et ne pas hypothéquer le destin collectif de la nation »
Le Ministère de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions est un nouveau département qui fait partie des 33 ministères qui composent le gouvernement formé par l’actuel Premier Ministre, Dr Ahmed Tidjane SOUARE. La mission dévolue à ce Ministère, comme son nom l’indique, est de réconcilier la société guinéenne avec elle-même, qui a connu des frustrations dues aux abus du pouvoir, durant ces 50 dernières années et des troubles sociaux sans précédents. Raison pour laquelle la création de ce Département a suscité beaucoup d’espoir chez bon nombre d’observateurs Nationaux et Internationaux. Nommé a ce poste pour relever ce grand défit national, SE Amadou Oury BAH compte faire les bouchées double pour ramener les guinéens à de meilleurs sentiments et les réconcilier pour donner du souffle nouveau à la dynamique du changement sollicité par le peuple pour une Guinée unie , indivisible et prospère. Le Mercredi 30 juillet, le Ministre était l’invité de l’émission « Matinée Plurielle » sur les ondes de la radio FM Liberté.
FM Liberté : Son Excellence, à la nouvelle nomenclature Gouvernementale il y a eu 33 postes Ministériels et 3 Secrétariats Généraux qui ont été mis en place. Votre département fait partie des nouveautés de ce nouveau gouvernement. Pouvez vous nous expliquer le concept de la Réconciliation Nationale ?
SE Amadou Oury BAH : Comme vous le savez la Guinée durant ces 50 dernières années a traversé des périodes extrêmement troublée avec de profonds clivages en son sein. Et pour revenir à l’actualité nous vivons depuis 2006 une période troublée avec un tissu social complètement éprouvé. Ceci étant dû aux grèves générales, que le pays a connues entre 2006 et 2007 avec un soulèvement national du peuple guinéen qui réclamait le changement de la manière dont le pays est géré. Je pense que dans la phase actuelle il y a eu une 1ère tentative de réponse avec l’ancienne équipe gouvernementale venu juste après février 2007.Mais pour des raisons diverses cette expérience n’a pas donné les résultats escomptés. Ce n’est pas la peine de rentrer dans les détails pour parler des responsabilités qui ont fait que ces résultats n’ont pas été satisfaisants. Mais aujourd’hui il faut prendre le chantier de la réconciliation nationale pour ressouder le tissu social fortement ébranlé. Et je crois que c’est la raison pour laquelle le Président de la République, le Général Lansana CONTE et le Premier Ministre, chef du gouvernement Ahmed Tidjane SOUARE ont mis en place cette nomenclature avec la création de ce Ministère. Pour la suite, il nous appartient de travailler, de prendre en charge les grands problèmes qui ont divisé les guinéens et qui constituent des sources de méfiance des uns vis-à-vis des autres. Nous devons mettre en place une démarche pédagogique qui permettra à tous les bords de ce sentir concerner par rapport au devenir de la nation guinéenne. Qu’entre les victimes et les acteurs de certains abus du pouvoir, qu’on essaye de voir comment défricher le terrain pour rapprocher les uns et les autres dans le cadre d’une vraie dynamique de réconciliation nationale. Il n’est pas question d’occulter non plus les responsabilités, mais il faut donner une chance à la Guinée. Et aujourd’hui, les sollicitations et les attentes des populations étant très nombreuses, je pense que nous devons accélérer le processus. Ce qui justifie la raison d’être de ce Ministère.
FM Liberté : Effectivement M le Ministre, mais à quoi peuvent s’attendre les guinéens avec la présence de ce département dans le gouvernement ?
BAO : Bon, je pense que la 1ère des choses à faire, c’est d’aller en profondeur. Il y’a des acteurs essentiels de la vie politique dans ce pays qui ont été pendant très longtemps mis de coté, marginaliser ou que leur intervention dans le cadre social n’a pas été suffisamment pris en compte. Je pense en l’occurrence aux quatre (4) Coordinations Régionales du Pays. C’est pourquoi dès la première semaine de de ma prise de fonction, nous avons eu, avec des collaborateurs à faire le tour des quatre (4) Coordinations Régionales à Conakry. Cette série de prise de contact a été clôturée par la rencontre du Premier Ministre et l’ensemble des Coordinations Régionales, le 12 juillet, au siège de la Coordination Régionale de la Guinée Forestière. C’est pour dire qu’il y a une volonté du Gouvernement de prendre en charge, fondamentalement la société pour aller en profondeur dans le cadre de la prise en compte de tout le monde (sages, notables), qui œuvre de manière désintéressé à rassembler les filles et les fils de ce pays. Qu’ils sachent que le gouvernement prend en considération au même titre qu’eux, les problèmes de la réconciliation, de la concorde nationale, et qu’il a des partenaires essentiels dans le cadre de la décrispation des relations inter communautaires et de la prévention d’éventuels conflits. Ce, pour essayer de renforcer de manière idoine la démocratie en Guinée. Aussi, en plus des institutions formelles qui existent il faut que la société civile, j’allais dire traditionnelle avec les leaders religieux ou spirituels et d’autres personnes beaucoup écoutées, interviennent désormais au niveau officiel dans le cadre d’un partenariat effectif avec le Ministère, et participer à l’orientation de l’action des pouvoirs publics dans la gestion et dans la gouvernance du pays.
FM Liberté : Nombreux sont les guinéens qui restent à leur réserve et qui pensent que le concept de la réconciliation est flou. Qu’en dites-vous ?
BAO : Non, je pense qu’avec la population à la base il n’y a pas de problèmes. Mais il ne faut pas aussi occulter les contractions qui existent au sein de la société guinéenne. Le pays a été fortement marqué par des troubles sociaux durant ces 50 dernières années. En remontant même l’histoire on se rend compte que la violence a toujours affecté la pratique gouvernementale ou administrative. Cependant, il faut aussi reconnaître qu’aujourd’hui il y a une nette volonté de montrer que la gouvernance est au service des populations. Principalement, nous sommes en train de défricher un nouvel espace où l’esprit, la vision de la gestion administrative du pays doit être réexaminée pour repondre aux besoins et aux aspirations fondamentale des populations. Nous entendons par exemple souvent dire : « Ah vous savez que le pays est commandé ! » Ça, c’est un des concepts, c’est la vision d’une attitude autoritaire comme pour dire que les gens doivent être sous la coupe de quelqu’un. Alors que désormais il faut recenser les revendications essentielles des populations, les gens sont mûrs et veulent de ce fait des cadres responsables, acteurs du développement et sur les quels on peut compter dans la définition des grandes orientations du pays tout entier. Je pense aussi que ce sont des revendications tout à fait légitimes qui montrent que le processus démocratique dans les changements fondamentaux de la société guinéenne a atteint une certaine maturité. Et que nous devons accompagner cette maturation sociale pour être en phase avec l’évolution de notre pays. Pour ne pas qu’il y ait, à tout instant, des blocages, des chocs qui risquent de déstabiliser totalement le pays. Mais je pense que grâce au Bon Dieu nous allons éviter le pire avec l’implication des uns et des autres et la capacité des autorités guinéennes à faire prévaloir à des moments ultimes la modération. Je pense surtout que c’est ce qui nous permet, malgré les chocs forts que nous avons connus ces 2 dernières années, de progresser et de se relever progressivement d’un certain traumatisme pour que les choses évoluent de façon positive. Pour Concilier et briser les murs de méfiances qui existent entre les populations, et redonner confiance au peuple de Guinée. Que les gens sentent que la nation existe réellement, que l’esprit d’être un citoyen guinéen n’est pas quelque chose de virtuelle, c’est une réalité. Je pense surtout que la capacité des populations guinéennes à transcender les clivages régionaux, ethniques, les contraductions secondaires pour se mobiliser ensemble dans une vision collective, prouve que la Guinée est capable de s’unir pour se mouler un destin commun. En 1958, on a montré cette capacité d’union en acquerrant notre indépendance, et en janvier et février 2007, pour réclamer le changement dans la gestion des affaires de l’Etat. Ce qui montre déjà la capacité des guinéens, au-delà même des contradictions ethniques, régionales voire même politiques de s’unir et regarder dans le même sens. Surtout qu’aujourd’hui, l’objectif essentiel de la gouvernance c’est d’être en phase avec cette volonté majoritaire dans le pays pour aller dans le sens du changement et enraciner une culture démocratique, une pratique gouvernementale adéquate qui met devant, les intérêts fondamentaux des citoyens et l’intérêts national.
FM Liberté : Quelle explication donnez vous par rapport au concept de la Solidarité ?
BAO : La solidarité est un concept encore beaucoup plus fédérateur que la réconciliation nationale. La réconciliation nationale est une étape historique dans l’évolution politique de la Guinée. Et de ce point de vue si tout se passe correctement, peut être, d’ici 2 ans, voire 3 ans avec des institutions nouvelles et une pratique gouvernementale adaptée, les choses peuvent rentrer dans l’ordre. Par rapport aussi à la solidarité, c’est une réalité qu’il faut également mettre en évidence. Nous avons dans ce sens des structures bien organisées qui évoluent dans des actions positives. Comme exemple nous avons les associations des ressortissants. Mais ce sont aussi des actions émiettées qui peuvent être mieux organisées pour développer et cultiver la finance solidaire, les micros projets et tant d’autres activités. Que veut dire par exemple la solidarité ? Elle veut simplement dire que seul on ne peut pas réussir. Mais en mutualisant les efforts, c'est-à-dire en regroupant les énergies, en travaillant ensemble, il est possible d’atteindre les objectifs visés. Je crois a cet effet qu’il y a une nécessité de développer l’esprit mutualiste dans ce pays pour se soigner, pouvoir créer des unités génératrices de revenus etc. Il y a aussi l’aspect humanitaire qui compte beaucoup. Et il faut noter que grâce à cet aspect la communauté internationale s’est mobilisée pour apporter une aide substantielle à la Guinée de l’ordre de 28 millions de dollars. Dans ce cadre il faut aussi noter que c’est l’une des rare fois, que l’on bénéficie de l’action humanitaire. Certains voient cette aide de mauvais œil, mais je pense que le plus important dans ces genres de circonstance difficile, c’est d’apporter les remèdes avant de penser aux solutions structurelles qui mettront forcement de temps avant de se réaliser. Surtout il faut savoir qu’il y a de nouveaux chantiers qui vont être mis en place au niveau de la solidarité, de manière générale et de manière transversale entre la réconciliation nationale et la solidarité : c’est le développement de la citoyenneté. Et ce développement est un vaste programme qui impliquera les jeunes dans les quartiers avec des actions concrètes nous permettant de progresser. Je ne voudrais pas rentrer dans les détails, mais je dirais simplement que les responsables de ces chantiers, dans les mois à venir seront sur le terrain pour échanger et vous donner d’amples explications à propos. Pour finir par rapport à ça, je veux dire qu’il y a déjà un diagnostic national qui a été fait récemment grâce au système des nations unies (PNUD), piloter par le CES et l’ONG, IFES. Ces structures ont sillonné tout le pays, notamment les 33 préfectures et les 5 communes de Conakry. Et le diagnostic issu de ces travaux qui sera proposé lors des journées nationales de concertations ou de dialogue qui auront lieu les 12,13, et 14 Août prochains montre qu’il y a un déficit de confiance entre le pouvoir et les populations à la base. Et ce seul diagnostic justifie la création du ministère de la réconciliation nationale qui devra prendre en charge le problème, et faire avancer les choses pour rétablir un climat de confiance entre la population et ses dirigeants, entre la population et les institutions de la république, et entre les différentes communautés nationales du pays.
Auditeur : Comment est ce que vous comptez célébrer le cinquantenaire ?
BAO : Bon, le cinquantenaire est un chantier qui a été ouvert par l’ancien Premier Ministre du gouvernement précédant. L’actuel gouvernement également, va prendre en charge les gros dossiers. C'est-à-dire le cinquantenaire figure en bonne place dans les gros dossiers de l’Etat dont le conseil des ministres examinera l’orientation des actions que nous aurons à faire. Je ne veux pas m’engager à donner des détails, il y a une grille de choix qui était engagée. Et il faut retenir qu’on ne veut pas revenir totalement en arrière car on veut avancer. Mais il y a des choses qui doivent être revues pour être réorientées. Car comme l’a souligné le Premier Ministre, on ne peut pas se permettre de chanter, danser alors que les édifices publics sont en ruines, les destructions de 2006 et 2007 sont au même état, que la situation alimentaire ou économique du pays n’est pas décantée. Aussi, qu’un processus de décrispation entre les différentes communautés et les différents groupes politiques n’est pas engagé. Et surtout si le programme de préparation des élections législatives ne soit pas complètement éclairci. C'est donc tout un ensemble de problèmes qui fait qu’on reverra l’orientation de certains chantier du cinquantenaire, tout en restant dans le cape de l’instauration d’un climat de dialogue et de compréhension entre les guinéens.
M Lamarana : Vu la réticence de certains partis politiques au système en place, ne pensez vous pas rencontrer des problèmes quant à leur implication dans le processus de la réconciliation nationale ?
BAO : Je crois qu’avec l’opposition je n’ai aucun pour son implication est pas de doute de son implication effective dans une dynamique de réconciliation nationale. Surtout que depuis très longtemps, c’est une chose qu’elle a toujours réclamé et exigé. Je suis aussi convaincu que ceux qui se réclament de la mouvance également sont engagés dans cette dynamique de concertation nationale. Il faut que les gens comprennent que les formations politiques guinéennes ont toujours prouvé leur maturité et leur responsabilité. Ces dix (10) dernières années, elles ont luttés et obtenues la réalisation de beaucoup de chantier dans l’intérêt de la nation. Nous avons notamment la libanisation des ondes, la mise en place de structures régulatrices des élections, CENI etc. Qui sont l’œuvre conjointe de l’opposition et de la mouvance qui se sont retrouvées pendant des mois pour discuter et trouver un consensus. Et ce consensus a été proposé au gouvernement qui l’a l’accepté. Donc, c’est pour vous dire que de ce coté, il n y a aucun problème. D’ailleurs les journées de concertations nationales, prévues les 12, 13 et 14 Août prochains, les partis politiques de tous bords sont conviés. Aussi, c’est l’occasion de préciser que ces journées constituent un moment essentiel pour que la nation toute entière entende la voix du peuple. Et c’est quoi la vois du peuple ? Il s’agit d’un diagnostic, des constats de revendications, qui ont été faits sur l’ensemble du territoire et qui s’adressent au gouvernement, aux partis politiques, à la société civile, aux chefs religieux, aux forces armées, ce, pour indiquer qu’il y a un déficit notoire de prise en compte de l’intérêt du citoyen à la base. Ainsi chacun de nous, à n’importe quelle place où il se trouve doit apporter une réponse, faire un engagement de volonté de changer la donne pour que le pays puisse progresser.
« Nous devons tourner le regard vers l’avenir, agir maintenant pour régler les problèmes d’hier et du présent, afin de préserver les acquis du pays et ne pas hypothéquer le destin collectif de la nation »
Le Ministère de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions est un nouveau département qui fait partie des 33 ministères qui composent le gouvernement formé par l’actuel Premier Ministre, Dr Ahmed Tidjane SOUARE. La mission dévolue à ce Ministère, comme son nom l’indique, est de réconcilier la société guinéenne avec elle-même, qui a connu des frustrations dues aux abus du pouvoir, durant ces 50 dernières années et des troubles sociaux sans précédents. Raison pour laquelle la création de ce Département a suscité beaucoup d’espoir chez bon nombre d’observateurs Nationaux et Internationaux. Nommé a ce poste pour relever ce grand défit national, SE Amadou Oury BAH compte faire les bouchées double pour ramener les guinéens à de meilleurs sentiments et les réconcilier pour donner du souffle nouveau à la dynamique du changement sollicité par le peuple pour une Guinée unie , indivisible et prospère. Le Mercredi 30 juillet, le Ministre était l’invité de l’émission « Matinée Plurielle » sur les ondes de la radio FM Liberté.
FM Liberté : Son Excellence, à la nouvelle nomenclature Gouvernementale il y a eu 33 postes Ministériels et 3 Secrétariats Généraux qui ont été mis en place. Votre département fait partie des nouveautés de ce nouveau gouvernement. Pouvez vous nous expliquer le concept de la Réconciliation Nationale ?
SE Amadou Oury BAH : Comme vous le savez la Guinée durant ces 50 dernières années a traversé des périodes extrêmement troublée avec de profonds clivages en son sein. Et pour revenir à l’actualité nous vivons depuis 2006 une période troublée avec un tissu social complètement éprouvé. Ceci étant dû aux grèves générales, que le pays a connues entre 2006 et 2007 avec un soulèvement national du peuple guinéen qui réclamait le changement de la manière dont le pays est géré. Je pense que dans la phase actuelle il y a eu une 1ère tentative de réponse avec l’ancienne équipe gouvernementale venu juste après février 2007.Mais pour des raisons diverses cette expérience n’a pas donné les résultats escomptés. Ce n’est pas la peine de rentrer dans les détails pour parler des responsabilités qui ont fait que ces résultats n’ont pas été satisfaisants. Mais aujourd’hui il faut prendre le chantier de la réconciliation nationale pour ressouder le tissu social fortement ébranlé. Et je crois que c’est la raison pour laquelle le Président de la République, le Général Lansana CONTE et le Premier Ministre, chef du gouvernement Ahmed Tidjane SOUARE ont mis en place cette nomenclature avec la création de ce Ministère. Pour la suite, il nous appartient de travailler, de prendre en charge les grands problèmes qui ont divisé les guinéens et qui constituent des sources de méfiance des uns vis-à-vis des autres. Nous devons mettre en place une démarche pédagogique qui permettra à tous les bords de ce sentir concerner par rapport au devenir de la nation guinéenne. Qu’entre les victimes et les acteurs de certains abus du pouvoir, qu’on essaye de voir comment défricher le terrain pour rapprocher les uns et les autres dans le cadre d’une vraie dynamique de réconciliation nationale. Il n’est pas question d’occulter non plus les responsabilités, mais il faut donner une chance à la Guinée. Et aujourd’hui, les sollicitations et les attentes des populations étant très nombreuses, je pense que nous devons accélérer le processus. Ce qui justifie la raison d’être de ce Ministère.
FM Liberté : Effectivement M le Ministre, mais à quoi peuvent s’attendre les guinéens avec la présence de ce département dans le gouvernement ?
BAO : Bon, je pense que la 1ère des choses à faire, c’est d’aller en profondeur. Il y’a des acteurs essentiels de la vie politique dans ce pays qui ont été pendant très longtemps mis de coté, marginaliser ou que leur intervention dans le cadre social n’a pas été suffisamment pris en compte. Je pense en l’occurrence aux quatre (4) Coordinations Régionales du Pays. C’est pourquoi dès la première semaine de de ma prise de fonction, nous avons eu, avec des collaborateurs à faire le tour des quatre (4) Coordinations Régionales à Conakry. Cette série de prise de contact a été clôturée par la rencontre du Premier Ministre et l’ensemble des Coordinations Régionales, le 12 juillet, au siège de la Coordination Régionale de la Guinée Forestière. C’est pour dire qu’il y a une volonté du Gouvernement de prendre en charge, fondamentalement la société pour aller en profondeur dans le cadre de la prise en compte de tout le monde (sages, notables), qui œuvre de manière désintéressé à rassembler les filles et les fils de ce pays. Qu’ils sachent que le gouvernement prend en considération au même titre qu’eux, les problèmes de la réconciliation, de la concorde nationale, et qu’il a des partenaires essentiels dans le cadre de la décrispation des relations inter communautaires et de la prévention d’éventuels conflits. Ce, pour essayer de renforcer de manière idoine la démocratie en Guinée. Aussi, en plus des institutions formelles qui existent il faut que la société civile, j’allais dire traditionnelle avec les leaders religieux ou spirituels et d’autres personnes beaucoup écoutées, interviennent désormais au niveau officiel dans le cadre d’un partenariat effectif avec le Ministère, et participer à l’orientation de l’action des pouvoirs publics dans la gestion et dans la gouvernance du pays.
FM Liberté : Nombreux sont les guinéens qui restent à leur réserve et qui pensent que le concept de la réconciliation est flou. Qu’en dites-vous ?
BAO : Non, je pense qu’avec la population à la base il n’y a pas de problèmes. Mais il ne faut pas aussi occulter les contractions qui existent au sein de la société guinéenne. Le pays a été fortement marqué par des troubles sociaux durant ces 50 dernières années. En remontant même l’histoire on se rend compte que la violence a toujours affecté la pratique gouvernementale ou administrative. Cependant, il faut aussi reconnaître qu’aujourd’hui il y a une nette volonté de montrer que la gouvernance est au service des populations. Principalement, nous sommes en train de défricher un nouvel espace où l’esprit, la vision de la gestion administrative du pays doit être réexaminée pour repondre aux besoins et aux aspirations fondamentale des populations. Nous entendons par exemple souvent dire : « Ah vous savez que le pays est commandé ! » Ça, c’est un des concepts, c’est la vision d’une attitude autoritaire comme pour dire que les gens doivent être sous la coupe de quelqu’un. Alors que désormais il faut recenser les revendications essentielles des populations, les gens sont mûrs et veulent de ce fait des cadres responsables, acteurs du développement et sur les quels on peut compter dans la définition des grandes orientations du pays tout entier. Je pense aussi que ce sont des revendications tout à fait légitimes qui montrent que le processus démocratique dans les changements fondamentaux de la société guinéenne a atteint une certaine maturité. Et que nous devons accompagner cette maturation sociale pour être en phase avec l’évolution de notre pays. Pour ne pas qu’il y ait, à tout instant, des blocages, des chocs qui risquent de déstabiliser totalement le pays. Mais je pense que grâce au Bon Dieu nous allons éviter le pire avec l’implication des uns et des autres et la capacité des autorités guinéennes à faire prévaloir à des moments ultimes la modération. Je pense surtout que c’est ce qui nous permet, malgré les chocs forts que nous avons connus ces 2 dernières années, de progresser et de se relever progressivement d’un certain traumatisme pour que les choses évoluent de façon positive. Pour Concilier et briser les murs de méfiances qui existent entre les populations, et redonner confiance au peuple de Guinée. Que les gens sentent que la nation existe réellement, que l’esprit d’être un citoyen guinéen n’est pas quelque chose de virtuelle, c’est une réalité. Je pense surtout que la capacité des populations guinéennes à transcender les clivages régionaux, ethniques, les contraductions secondaires pour se mobiliser ensemble dans une vision collective, prouve que la Guinée est capable de s’unir pour se mouler un destin commun. En 1958, on a montré cette capacité d’union en acquerrant notre indépendance, et en janvier et février 2007, pour réclamer le changement dans la gestion des affaires de l’Etat. Ce qui montre déjà la capacité des guinéens, au-delà même des contradictions ethniques, régionales voire même politiques de s’unir et regarder dans le même sens. Surtout qu’aujourd’hui, l’objectif essentiel de la gouvernance c’est d’être en phase avec cette volonté majoritaire dans le pays pour aller dans le sens du changement et enraciner une culture démocratique, une pratique gouvernementale adéquate qui met devant, les intérêts fondamentaux des citoyens et l’intérêts national.
FM Liberté : Quelle explication donnez vous par rapport au concept de la Solidarité ?
BAO : La solidarité est un concept encore beaucoup plus fédérateur que la réconciliation nationale. La réconciliation nationale est une étape historique dans l’évolution politique de la Guinée. Et de ce point de vue si tout se passe correctement, peut être, d’ici 2 ans, voire 3 ans avec des institutions nouvelles et une pratique gouvernementale adaptée, les choses peuvent rentrer dans l’ordre. Par rapport aussi à la solidarité, c’est une réalité qu’il faut également mettre en évidence. Nous avons dans ce sens des structures bien organisées qui évoluent dans des actions positives. Comme exemple nous avons les associations des ressortissants. Mais ce sont aussi des actions émiettées qui peuvent être mieux organisées pour développer et cultiver la finance solidaire, les micros projets et tant d’autres activités. Que veut dire par exemple la solidarité ? Elle veut simplement dire que seul on ne peut pas réussir. Mais en mutualisant les efforts, c'est-à-dire en regroupant les énergies, en travaillant ensemble, il est possible d’atteindre les objectifs visés. Je crois a cet effet qu’il y a une nécessité de développer l’esprit mutualiste dans ce pays pour se soigner, pouvoir créer des unités génératrices de revenus etc. Il y a aussi l’aspect humanitaire qui compte beaucoup. Et il faut noter que grâce à cet aspect la communauté internationale s’est mobilisée pour apporter une aide substantielle à la Guinée de l’ordre de 28 millions de dollars. Dans ce cadre il faut aussi noter que c’est l’une des rare fois, que l’on bénéficie de l’action humanitaire. Certains voient cette aide de mauvais œil, mais je pense que le plus important dans ces genres de circonstance difficile, c’est d’apporter les remèdes avant de penser aux solutions structurelles qui mettront forcement de temps avant de se réaliser. Surtout il faut savoir qu’il y a de nouveaux chantiers qui vont être mis en place au niveau de la solidarité, de manière générale et de manière transversale entre la réconciliation nationale et la solidarité : c’est le développement de la citoyenneté. Et ce développement est un vaste programme qui impliquera les jeunes dans les quartiers avec des actions concrètes nous permettant de progresser. Je ne voudrais pas rentrer dans les détails, mais je dirais simplement que les responsables de ces chantiers, dans les mois à venir seront sur le terrain pour échanger et vous donner d’amples explications à propos. Pour finir par rapport à ça, je veux dire qu’il y a déjà un diagnostic national qui a été fait récemment grâce au système des nations unies (PNUD), piloter par le CES et l’ONG, IFES. Ces structures ont sillonné tout le pays, notamment les 33 préfectures et les 5 communes de Conakry. Et le diagnostic issu de ces travaux qui sera proposé lors des journées nationales de concertations ou de dialogue qui auront lieu les 12,13, et 14 Août prochains montre qu’il y a un déficit de confiance entre le pouvoir et les populations à la base. Et ce seul diagnostic justifie la création du ministère de la réconciliation nationale qui devra prendre en charge le problème, et faire avancer les choses pour rétablir un climat de confiance entre la population et ses dirigeants, entre la population et les institutions de la république, et entre les différentes communautés nationales du pays.
Auditeur : Comment est ce que vous comptez célébrer le cinquantenaire ?
BAO : Bon, le cinquantenaire est un chantier qui a été ouvert par l’ancien Premier Ministre du gouvernement précédant. L’actuel gouvernement également, va prendre en charge les gros dossiers. C'est-à-dire le cinquantenaire figure en bonne place dans les gros dossiers de l’Etat dont le conseil des ministres examinera l’orientation des actions que nous aurons à faire. Je ne veux pas m’engager à donner des détails, il y a une grille de choix qui était engagée. Et il faut retenir qu’on ne veut pas revenir totalement en arrière car on veut avancer. Mais il y a des choses qui doivent être revues pour être réorientées. Car comme l’a souligné le Premier Ministre, on ne peut pas se permettre de chanter, danser alors que les édifices publics sont en ruines, les destructions de 2006 et 2007 sont au même état, que la situation alimentaire ou économique du pays n’est pas décantée. Aussi, qu’un processus de décrispation entre les différentes communautés et les différents groupes politiques n’est pas engagé. Et surtout si le programme de préparation des élections législatives ne soit pas complètement éclairci. C'est donc tout un ensemble de problèmes qui fait qu’on reverra l’orientation de certains chantier du cinquantenaire, tout en restant dans le cape de l’instauration d’un climat de dialogue et de compréhension entre les guinéens.
M Lamarana : Vu la réticence de certains partis politiques au système en place, ne pensez vous pas rencontrer des problèmes quant à leur implication dans le processus de la réconciliation nationale ?
BAO : Je crois qu’avec l’opposition je n’ai aucun pour son implication est pas de doute de son implication effective dans une dynamique de réconciliation nationale. Surtout que depuis très longtemps, c’est une chose qu’elle a toujours réclamé et exigé. Je suis aussi convaincu que ceux qui se réclament de la mouvance également sont engagés dans cette dynamique de concertation nationale. Il faut que les gens comprennent que les formations politiques guinéennes ont toujours prouvé leur maturité et leur responsabilité. Ces dix (10) dernières années, elles ont luttés et obtenues la réalisation de beaucoup de chantier dans l’intérêt de la nation. Nous avons notamment la libanisation des ondes, la mise en place de structures régulatrices des élections, CENI etc. Qui sont l’œuvre conjointe de l’opposition et de la mouvance qui se sont retrouvées pendant des mois pour discuter et trouver un consensus. Et ce consensus a été proposé au gouvernement qui l’a l’accepté. Donc, c’est pour vous dire que de ce coté, il n y a aucun problème. D’ailleurs les journées de concertations nationales, prévues les 12, 13 et 14 Août prochains, les partis politiques de tous bords sont conviés. Aussi, c’est l’occasion de préciser que ces journées constituent un moment essentiel pour que la nation toute entière entende la voix du peuple. Et c’est quoi la vois du peuple ? Il s’agit d’un diagnostic, des constats de revendications, qui ont été faits sur l’ensemble du territoire et qui s’adressent au gouvernement, aux partis politiques, à la société civile, aux chefs religieux, aux forces armées, ce, pour indiquer qu’il y a un déficit notoire de prise en compte de l’intérêt du citoyen à la base. Ainsi chacun de nous, à n’importe quelle place où il se trouve doit apporter une réponse, faire un engagement de volonté de changer la donne pour que le pays puisse progresser.
Mariam (Coyah) : Comment comptez vous réussir le processus de réconciliation nationale avec le régionalisme, l’ethnocentrisme et que sais je encore, qui minent le pays ? Comment comptez-vous
mettre une dynamique de réconciliation nationale ?
BAO : Oui, c’est vrai qu’il y a des maux, comme l’ethnocentrisme, l’exclusion, le rejet du plus faible qui transgressent notre société. Mais, il faut savoir aussi que la volonté du changement a été exprimée par le peuple, et le président de la république, le premier ministre, tous adhèrent à cette idée de changement. Ceci pour prendre en charge les souffrances des populations afin d’apporter des solutions idoines contre leurs maux. Je pense donc de ce coté là, que ce soit l’ethnocentrisme, le régionalisme ou le favoritisme qui encoure la mal gouvernance, nous avons la responsabilité en tant que membre du gouvernement de travailler et de changer la donne. Je crois également que pour changer cette donne, le gouvernement à sa responsabilité, les institutions républicaines ont les leurs et tout comme les citoyens aussi. C’est pourquoi l’aspect de la citoyenneté est au cœur de l’action que le ministère envisage développer. Puisque ça ne sert à rien de dire qu’il y aura un gouvernement d’élites si à la base il n’y pas de répondant de la politique qui sera mise en place. Dans la phase actuelle, il faut que tout avance dans une harmonie plus au moins parfaite. C'est-à-dire, la base, les gouvernements et les administrations doivent avoir la même vision du pays. Je veux dire, mettre l’intérêt des citoyens au cœur de l’action gouvernementale. Comme dirait un autre par rapport à une activité commerciale, que le client est roi, donc pour le gouvernement aussi, le citoyen est le roi. Par rapport à la deuxième question, je pense qu’on a des partenaires qui adhèrent complètement à l’idée de la réconciliation nationale. Telles que les coordinations régionales, qui constituent un partenaire essentiel dans le processus de la réconciliation. Nous allons donc mettre en place un cadre de concertation permanent où l’ensemble des forces vives de la nation seront impliquées. De manière sectorielle il y aura un comité national de la réconciliation qui sera également mis en place, et qui aura en son sein les personnes les plus représentatives de la nation, les plus consensuelles pour apport leurs idées et leur volonté de faire avancer le pays dans le sens de l’unité et de la concorde. Je pense qu’au delà des mots, le Ministère se met progressivement en place et les actions parleront d’elles mêmes. Et il faut souligner qu’aucun chantier n’est, et ne sera tabou dans ce Ministère. Je vous fais d’ors et déjà une illustration d’actions du Ministère pour vous faire une idée de ce qui nous attend. En 2001 par exemple, il y a eu des heurts à Cosa, qui ont fait des victimes parmi les citoyens. Des corps des victimes avaient été déposés, depuis cette date, à la morgue de Donka et qui ne sont pas encore récupérés par les familles des victimes. Aujourd’hui, le Ministère de la réconciliation prend en charge le problème pour essayer de faire en sorte que les parents des victimes acceptent de récupérer les corps. Sans oublier que les autres éléments de leur revendication seront aussi étudiés pour qu’on puisse avancer de manière concrète par rapport à chaque cas qui va se présenter. C’est vraie qu’il y a une multitude de problématique, mais fondamentalement, tout le pays doit le savoir, qu’on ne peut pas avancer si on est désuni. Egalement, on ne peut pas se développer si le pays n’est pas stabilisé, on ne peut pas être fier si au sein de notre société les inégalités sont très cruelles et très fortes. Et il aussi savoir que le développement individuel ne peut pas se faire en dehors d’un épanouissement collectif de la nation. Comme je le disais donc, nous avons en charge de poser le jalon d’une Guinée unie et prospère. Il s’agit donc de mettre en place un environnement qui nous permettra de régler progressivement les autres problèmes. Ce n’est pas de l’illusion car tout les aspects qui nous permettrons de régler en profondeur les clivages et d’autres conflits potentiels seront abordés. Aujourd’hui, j’ose espérer qu’avec la participation et le concours de tous, la modération, le sens du dialogue, l’esprit de servir la nation sera l’esprit qui va guider les uns et les autres pour nous faire avancer. Afin de préparer l’avenir pour les futures générations du pays.
FM Liberté : M le Ministre, de quels des anciens problèmes et les problèmes actuels allez-vous commencer pour réconcilier les Guinéen ? Et en votre qualité de leader politique peut-on savoir aujourd’hui comment sont les relations entre l’UFDG et l’UFD qui, à ce que je sache ont toujours été en brouille ?
BAO : Je pense d’ores et déjà, que vous mesurez la dimension de la mission réservée à mon département, c’est un chantier très vaste. Des anciens problèmes et des problèmes actuels par où commencer ? Je pense que dans le contexte actuel, le plus urgent, c’est de faire en sorte que le pays retrouve sa stabilité. Surtout redonner confiance à la population que ses problèmes sont pris en compte dans l’action gouvernementale. Nous voulons le plus rapidement possible que la sécurité et la stabilité redeviennent tout à fait normales dans le pays. C’est pourquoi aussi, nous organisons ces journées nationales de la concertation où tout le monde est invité pour donner une base au processus de la réconciliation. Elles devront permettre à étaler les revendications du peuple Guinéen à la base. Et de ce point de vu, le Ministère en charge de la réconciliation nationale avec les autres communautés du gouvernement et le pays tout entier travailleront pour faire en sorte que ces engagements deviennent des choses concrètes. Il y a également l’aspect de conflits historiques qui sera pris en compte, mais pour le moment, je préfère ne pas dévoiler la stratégie qui sera mis en place pour tout cet ensemble de problèmes. Comme je l’ai dit plus haut, nous voulons préparer la Guinée de demain et à être un pays réconcilié avec lui-même. Pour l’autre point, je dirais qu’il n’y a pas de problème entre l’UFD et l’UFDG. Aujourd’hui, j’ai la charge du Ministère de la réconciliation nationale, mais il faut retenir qu’UFDG, en son sein, travail à élaborer des stratégies particulières vis-à-vis des autres partis politiques. Néanmoins, je pense que ce n’est pas le lieu, ni le moment d’aborder des aspects qui sont de ce point de vu plus partisan.
M Sow : M le Ministre, depuis quelques années les relations entre civiles et militaires ne sont pas au beau fixe. Que compte faire votre département pour remédier à cette situation ? Quel rapport y a-t-il entre le ministère de la réconciliation et celui de la décentralisation ?
BAO : Je pense que la question de relation entre les civiles et les militaires est un dossier brûlant qui préoccupe l’ensemble du gouvernement. Depuis 2 ans, il y a un comité civilo-militaire qui travail d’arrache pied sur le dossier et qui a fait des propositions qui seront entendues lors des journées nationales de la réconciliation. Mais d’ors et déjà je peux vous dire qu’avec les Ministères de la défense et de la sécurité, nous sommes en étroite collaboration pour aborder les questions qui permettraient de décrisper les relations tendues entre les civiles et les militaires. En tout cas, ce ne sont pas des questions qui seront occultées, parce qu’il y va de la stabilité du pays et de la crédibilité du gouvernement vis-à-vis de l’opinion nationale et internationale. Il y aura donc beaucoup d’actions à développer pour favoriser les bonnes relations entre les militaires et les populations. Nous allons développer des programmes de sensibilisation qui permettront de remettre les choses dans l’ordre.
Par rapport au lien réconciliation-décentralisation, il faut dire que la décentralisation, c’est la gestion des élus locaux, des citoyens à la base, à travers des élections crédibles et transparentes pour gérer les affaires des communautés. Ce qui est différent de la réconciliation nationale qui, elle, s’investi par rapport à des problèmes vécus, des clivages qui existent au sein de la société guinéenne et qui risquent de remettre en cause la stabilité nationale. Qu’il faut dès maintenant corriger pendant qu’il est temps. Ce sont donc deux ministères différents, et le nôtre s’appui aussi sur les représentations authentiques des populations. Afin de favoriser le dialogue et avoir une politique qui satisfasse les intérêts des uns et des autres tout en préservant l’essentiel.
FM Liberté : Excellence, comparativement à l’Afrique du Sud, est ce qu’il faut d’abord la vérité avant la réconciliation pour complètement la crise nationale guinéenne?
BAO : Je crois que pour bâtir une politique durable, une politique progressiste ou positive, il faut s’appuyer fidèlement sur la verité. Si je fais un retour en arrière par rapport à l’idée de réconciliation nationale dans ce pays, on parlera toujours du concept de la verité et de l’intérêt national. Pour toucher par exemple un aspect très important, nous avons le développement de la citoyenneté ou d’un sentiment fort d’appartenance à un pays avec des valeurs et des objectifs qui s’appuient sur des échanges et sur des actions concrètes. Et je crois qu’à ce niveau les medias ont un grand rôle à jouer pour favoriser et accélérer le processus de la réconciliation nationale. Nous ne demandons pas aux medias d’être rangés derrière tel bloc ou tel autre.
Mais le fondamental est que toute action doit s’appuyer surtout l’objectivité et la verité. Ça permet de faire avancer les choses et d’élever le niveau de conscience des populations. Qu’on aime ou pas le gouvernement, je pense que les medias devraient pouvoir jouer la neutralité et être surtout objectifs, avec des faits relatés tels qu’ils se sont produits. Car le discrédit du pays tout entier est un fait majeur, mais pas au détriment du gouvernement, c’est plutôt au détriment de l’ensemble de la collectivité nationale. Je ne demande aussi nullement de faire les louanges de quelqu’un, loin s’en faut, mais essayons de situer nos vrais problèmes. Je pense que c’est également une des manières positives de participer à la résolution des problèmes de ce pays. Parce que si on ne dit pas la vérité, les gens ne comprendront pas le bien fondé ou non de certaines actions ou de certaines politiques. Etant donné qu’aujourd’hui, nous pouvons tous nous mobiliser pour participer à la définition du destin collectif. Aujourd’hui il y a un gouvernement qui est place, demain il y aura d’autres gouvernements, mais si on n’avance pas ceux qui viendront ne trouveront que des chantiers béants ou tout est à reprendre. Ceci devrait aujourd’hui nous motiver tous car moi je pense que nous sommes à une phase où on doit donner une chance à la Guinée.
FM Liberté : Aujourd’hui la communauté internationale exige que la lumière soit faite sur les exactions de janvier et février 2007. Que pense votre département de commission d’enquête mise en place pour faire la lumière sur ces évènements ?
BAO : Je pense que la commission d’enquête nationale indépendante comme son nom l’indique, c’est surtout l’aspect enquête qui prédomine. Et comme l’a dit le Premier Ministre, la commission d’enquête fera son travail. Mais je pense d’abord qu’il faut réexaminer les questions. Nous allons se poser la question de savoir quelle est la dynamique la plus adaptée pour faire la lumière. L’enquête sur des faits connus peut faire avancer les choses comme ça peut aussi faire retarder. Mais il faut préciser que ce qui m’implique dans ce dossier en tant que Ministre de la réconciliation nationale, ce sont les victimes. Qu’est ce qu’elles sont devenues ? Que devinent les enfants que certains ont dû laisser ? Qu’est ce que la collectivité nationale peut faire pour réparer en partie ce qui a été perdu, soit en vie humaine soit en des handicaps définitifs qui font que ces personnes n’arrivent plus à se prendre en charge. Je pense qu’il y a deux (2) dynamiques complémentaires à ce niveau.
Il y a une dynamique de réparation et de compensation par rapport aux victimes, et c’est ce qui incombe mon département. Et quant aux autres aspects (judiciaire, enquête), ils relèvent des compétences de mes autres collègues Ministres qui pourront mieux vous expliquer avec plus d’expertises que moi ces aspects de questions.
FM Liberté : Est-ce que votre département a envisagé des actions concrètes par rapport aux événements qui ont lieu entre la police et l’armée nationale à l’image bien entendu de la fondation Lansana CONTE pour la Paix.
BAO : Je dois vous préciser que le jour de l’enterrement des trois (3) policiers j’étais là avec le Ministre de la Sécurité. Nous représentions le gouvernement tout entier. C’est pour vous dire combien nous sommes engagés à être là, là où il faut faire en sorte que les guinéens puissent éventuellement rétablir la vérité, réparer, se réconcilier pour préserver l’intérêt national.
BARRY Ibrahim : En tant leader politique quel poste occupez-vous au sein de votre parti ? Pensez-vous pouvoir concilier ce poste à votre fonction de Ministre?
BAO : Comme vous devriez le savoir, à l’heure actuelle je suis le vice président chargé des relations extérieurs et de la communication de l’UFDG. Je veux vous dire tout simplement que ce que nous faisons au sein de l’UFDG, nous essayerons aussi de le faire au sein du pays tout entier. C’est une volonté de rassemblement, une volonté de partage, une volonté de tenir compte des représentations de toutes les sensibilités, culturelle, ethnique dans le pays pour que chacun se sente impliquer. C’est la politique d’Elahdj Cellou Dalein DIALLO que nous appliquons au sein de l’UFDG. C’est pour cela nous pensons élargir les postes de vice président pour que l’ensemble des communautés nationales se sente directement représenter au sein du parti. Nos critères à tous les niveaux, c’est d’assurer la représentation de l’ensemble des diversités, qu’elles soient culturelle, ethnique, régionale. Puisque je pense, que c’est cela la nation de la Guinée. Je ne me sens donc pas partager entre les deux (2) fonctions de Ministre et de Vice président de mon parti. Je pense plutôt que ce sont deux fonctions complémentaires par ce que ça va dans le même sens.
Auditeur : Peut-on parler aujourd’hui de changement même si le critère de choix des personnes qui composent le gouvernement a permis de regrouper toutes les sensibilités nationales ?
BAO : Je pense que le pays est en train de changer. Auparavant, des personnes, des cadres choisis sur la base des critères techniques, technocratiques et autres, étaient pris pour être dans le gouvernement. Aujourd’hui le contexte a fondamentalement changé, nous sommes dans un cadre nouveau où les fonctions Ministérielles sont essentiellement des fonctions politiques pour un certains nombre. Aussi, c’est des fonctions qui assurent la représentation de l’ensemble des sensibilités nationales. Que ce soit politique, syndicale, société civile, et des individualités sur la base de leur compétence intrinsèque. C’est donc pour vous dire que nous préparons progressivement de par la politique, une nouvelle réalité des institutions et de la gestion gouvernementale en Guinée. Ailleurs, vous avez un système parlementaire semi présidentiel où ce sont les responsables majoritaires au sein de l’Assemblée Nationale qui constituent le gouvernement. A l’heure actuelle, en Guinée, nous sommes dans un système présidentiel. Mais la pratique ces deux (2) dernières années, c’est de prendre en compte la représentation des différentes représentations des sensibilités. A titre d’exemple, un syndicaliste qui est dans le gouvernement, l’est-à part entière, au même titre que tous les autres membres du gouvernement. Mais il est aussi un élément qui peut assurer une médiation beaucoup plus efficace entre le mouvement syndical, dans sa globalité et la gestion gouvernementale. Pour prendre en compte les intérêts des travailleurs par rapport à la manière dont le pays est géré. Il va de même pour les politiques. Ceux qui viennent des partis politiques viennent avec une conception de projets de société qui doivent au sein du gouvernement, apporter un plus dans le cadre d’une convergence que le Premier Ministre rendra concret pour que l’ensemble des sensibilités concourent à la définition d’une nation commune, pour un destin collectif commun. C’est pour cela, il est important de maintenir l’encrage politique des uns et des autres. En tant que personne je ne suis rien du tout. L’individu n’est qu’un individu et pas plus. Mais si en tant que politique je viens avec les idées, avec une certaine dynamique positive (que ceux qui sont dans le parti se sentent représenter par un de leur) je pense que ça donne plus de force, de compétence et plus de crédibilité. Aussi, je sais que mon action a une implication sur le devenir du parti auquel j’appartiens. Donc ma responsabilité est telle, que je dois faire beaucoup attention, agir dans le bon sens pour ne pas donner du tord à ceux qui ont crû en ma personne.
M. BARRY : La crise guinéenne ne date pas d’aujourd’hui, et peut être aussi que nous pouvions l’éviter. Est-ce que ce gouvernement auquel vous appartenez pourra nous sortir de là ? Ne pensez vous pas était mieux de chercher à soulager des victimes ?
BAO : Bon, vous savez que la fin des années ‘’90’’, c’était un nouveau challenge dans un contexte de contestations qui s’établira sur l’ensemble des pays Africains. Et la conférence nationale souveraine a été proposée comme alternative pour sortir les pays des politiques, sociales, économiques et autres. Je crois que peu importe le mot qui est utilisé, mais ce qui est important devant l’ampleur des crises, des difficultés qu’un pays traverse, c’est rassemblé ses fils et filles pour étudier les voies et moyens de sortie de crise. Nous avons eu par le passé plusieurs concertations pour essayer de défricher les chantiers, afin d’éviter les catastrophes dans notre pays. En guise d’illustration, en Octobre- Novembre 2006, il y a eu des journées thématiques qui ont été organisées pour passer au scribe les différentes problematiques que notre pays connaît. Ces journées ont eu lieu grâce au concours de l’USAID, IFES, avec les organisations de la société civile. A l’époque, le gouvernement a boudé ces rencontres alors qu’elles étaient extrêmement enrichissantes et fertiles. Je pense que s’il y avait eu une écoute favorable à l’époque, peut être qu’on aurait pu éviter ce que nous avons vécu en Janvier et Février 2007. Aujourd’hui, nous sommes dans un autre contexte. Beaucoup d’efforts ont été d’ores et déjà consentis dans la recherche des voies de sortie de crise. Et raison pour la quelle pour la 1ère fois dans l’histoire de la guinée moderne, il y a un gouvernement de large ouverture, regroupant toutes les sensibilités du pays. C’est dire donc qu’il y a une étape qui est en train d’être franchie dans la gestion des affaires du pays. Ensuite, les journées devant avoir lieu les jours à venir seront des journées qui pourront permettre de redéfinir les relations entre les gouvernants et les populations à la base. Les cris de cœur seront entendus et chaque responsable gouvernemental prendra en charge les questions qui lui reviennent et qui seront inscrits dans le plan d’action du département.
Je suis d’accord avec vous par rapport à votre deuxième approche, c'est-à-dire soulager les victimes. Je pense que c’est une responsabilité morale, politique à la quelle on doit tenir compte. Je dois dire que suite à la rencontre que nous avons eu avec le système des nations unies en guinée dans le cadre de la consolidation de la paix et de la prévention des conflits, il y a eu effectivement ces genres de propositions pour envisager des mesures de réparation et de compensation aux victimes. Je prends bonne note, et à la prochaine rencontre que je dois avoir avec mes homologues de la défense et de la sécurité je leur soumettrais ces propositions.
Auditeur : M le Ministre, vous venez de l’opposition, êtes vous prêt à jeter l’éponge quand vous ne partagerez pas les mêmes idées que le gouvernement auquel vous appartenez ?
Je crois qu’avant d’appartenir ce gouvernement, mon parti a d’abord déposé quatre (4) points de vue que nous estimions essentiels. Le premier élément, c’est la nécessité de tenir les élections législatives dans le délai imparti et que ça soient des élections crédibles et transparentes. Deuxièmement, que tous les efforts soient fournis pour qu’on atteigne le point d’achèvement du programme avec le FMI. Troisièmement, que les problèmes et les difficultés des populations les plus démunies de notre pays fassent l’objet d’une préoccupation majeur du gouvernement. Et enfin le quatrième élément, que les pratiques de bonne gouvernance soient développées et encouragées sur le pays tout entier. Je dois dire que par rapport a ces quatre (4) points, je suis heureux aujourd’hui de me sentir pleinement en phase avec l’action gouvernementale et le sentiment de servir mon pays de la manière la plus objective. Ministre ou pas Ministre, c’est qui est en train d’être fait humainement, je pense que c’est ça qui est important.
Je crois que dans les semaines à venir il y aura une réponse concrète à votre préoccupation. Je suis clairement d’avis avec vous dans cette démarche. Par ce que c’est surtout ça notre société. Par exemple, quand quelqu’un meurt chez nous, ce sont ses proches qui s’adressent à l’ensemble du public, pour demander s’il avait de dettes, et que ceux auxquels ils devaient de l’argent fassent une déclaration. Et c’est à ces éléments les plus proche de demander, à l’ensemble de l’auditoire et aux autres, pardon pour les tords ou actions négatives que leur aurait commis le défunt. C’est dire aussi dans la démarche politique qu’il est aussi important de s’appuyer sur nos valeurs traditionnelles, nos coutumes positives pour résoudre certains de nos problèmes.
FM liberté : M le Ministre, je fais partie, si vous voulez, de ceux qui se sont réjouis quand il y a eu ce remaniement ministériel, d’apprendre que vous avez été nommé et surtout nommé à ce poste. Vous êtes Ministre chargé de la réconciliation nationale, de la solidarité et des relations avec les institutions. Je me suis réjouis de cette nomination par ce que je connais un peu votre parcours. Vous êtes depuis très longtemps engagé dans des combats allant dans le sens de la justice et de la liberté. Tout en restant très engagé, par ailleurs vous avez gardé le sens de la mesure dans vos combats. Vous faites aussi preuve de beaucoup d’ouverture de largesse d’esprit, vous dialoguez beaucoup, vous aimez discuter, vous rencontrer régulièrement la presse, ce qui est une excellente chose. Il faudrait donc à ce poste quelqu’un qui a un tout petit peu votre profil M le Ministre. Mais je dois vous dire que le travail dans le contexte guinéen, la mission dont vous êtes chargé ne sera pas du tout facile. Après la guerre en France, il y a eu l’épuration avec tout ce que cela a engendré comme conséquence. Et puis en Allemagne aussi, le phénomène de la réconciliation a posé beaucoup de problèmes. Beaucoup plus récemment en Afrique du Sud, il a fallu la personnalité très forte dominante, un homme comme Nelson Mandela pour pouvoir raccorder les bouts. (si vous me permettez l’expression). En guinée nous avons une histoire relativement courte, 50 ans d’histoire ce n’est pas beaucoup mais ces 50 années ont été jalonnées de beaucoup de problèmes. Il y a eu des injustices, il y a eu des crimes, il y a eu des blessures, de cassures et de nombreuses personnes et familles ont été blessées dans leur chair, leur âme, dans leur mémoire. M le Ministre vous avez néanmoins tous les profils pour essayer de nous conduites vers une véritable réconciliation nationale. Mais quels sont les grands axes de votre politique, de votre action dans ce sens ?
BAO : Merci M SYLLA, vous avez été très élogieux à mon endroit, et j’espère pouvoir mériter tout ce que vous dites, et je vous remercie du fond du cœur. Je pense que le plus important, c’es de préparer le monde pour les vivants. C’est pour vous dire que nous devons tourner le regard vers l’avenir, agir maintenant pour régler les problèmes d’hier et du présent, afin de préserver les acquis et ne pas hypothéquer le destin collectif de la nation. A l’échelle individuelle, ont peut s’enfermer dans son espace et avoir le regard sur le rétroviseur et ne pas pouvoir aller au delà. Nous sommes une nation, l’histoire est tragique et elle se chargera de situer les responsabilités au fil de l’évolution du pays et de la société. Je pense que l’essentiel est qu’on puisse conserver notre mémoire collective pour renforcer et enrichir notre passé nous permettant de forger un destin collectif orientée vers le progrès et la modernité. Nous avons eu un passé tragique, notre contexte est rempli de violence, nous devons donc travailler pour faire de notre pays un pays apaisé où les libertés de l’homme seront respectées. Et c’est ça que nous devons léguer aux générations futures. Janvier et Février 2007, est un événement extrêmement important dans le devenir collectif de la Guinée pour des années et des années. Et il faut que les gens s’en rendent compte le cape du changement a commencé en cette période. Les jeunes ont bravé la mort pour que ça puisse changer, et les choses, depuis, sont en train de changer, malgré les obstacles qui persistent encore. Donc, je pense qu’on ne peut pas régler nos problèmes avec notre passé en disant qu’il faut réconcilier tout. Mais il faut que chacun se rend compte que la liberté que nous allons léguer aux générations futures est obtenue au prix du sang des jeunes qui se sont levés pour réclamer leur droit. Alors dans 15 ans, 20 ans, 30 ans, 40 ans, c’est ça qui va rester et pour marquer les esprits des générations futures. Je pense que nous faisons notre travail. La génération de l’indépendance a fait ce qu’elle avait à faire, la génération actuelle a payé le prix pour que demain nous soyons une nation démocratique, forte et réconciliée. Aujourd’hui mon action au sein du gouvernement dans la dynamique du changement et la traduire dans le concret. Pour terminer, une semaine après la création du Ministère et ma nomination, j’ai reçu avec grand plaisir un coup de fil du Ghana. C’était un coup de fil du fils de l’ancien Colonel Diara TRAORE qui se félicitait de la création de ce Ministère en se disant que maintenant le vrai dialogue va commencer pour qu’on puisse tourner la page de manière positive.
FM Liberté : Est-ce que le Ministère a son siège ? Qui faut-il réconcilier en Guinée ? Est ce que vous avez les moyens de votre politique vis-à-vis des institutions ?
BAO : On a déjà notre siège, mais nous attendons que les services des impôts qui occupent des espaces assez grands, déménagent pour qu’on prenne possession des impôts. Donc je pense que dans les prochains jours, le tout sera officialisé et ça permettra de situer le Ministre et que l’activité concrète avec tout ce que cela implique pourrait commencer. Et permettre à mes collaborateurs de pouvoir travailler dans les meilleures conditions. Qui faut-il réconcilier ? Je pense que comme je l’ai dit tantôt, janvier-février 2007 est un élément illustratif des problèmes que le pays a connu. Cette période de soulèvement social constitue les moments fondateurs d’une véritable démocratie dans le pays. Il faut donc qu’on ait les enseignements les plus positifs de ces événements pour mettre en place le système démocratique permettant de réconcilier la société guinéenne avec elle-même. Et lorsque ce processus sera approfondi et atteint, que les institutions de la république intégreront à tous les niveaux (gouvernement, administration, ONG etc..), le ministère de la réconciliation nationale, en ce moment, n’aura plus sa raison d’être. Et ce jour se félicitera d’avoir rempli une noble. Par ailleurs, il faut noter qu’on a dit simplement que le ministère est chargé des relations avec les institutions. Il n’est pas préciser si c’est avec les institutions républicaines ou autres. En faite, il s’agit des institutions dans une conception plus large ; ce sont les institutions de la république, les institutions à l’intérieur de la société civile, les institutions avec les partenaires etc. C’est en fait voulu comme tel pour laisser un champ vaste pour qu’il y ait une concertation la plus large possible avec les uns et les autres, afin d’éviter des exclusions. Décidément, nous savons que les crises des Etats africains son généralement dues du fait qu’il y a eu divorce entre l’Etat post colonial et la société civile dans sa conception la plus large possible. C’est pour cela il y a des heurts, les populations ne se sentent pas tout à fait représenter au sein de l’Etat. Il y a des visions parallèles, on croit que l’Etat c’est les autres et non nous, alors que l’Etat c’es nous-mêmes, c’est la nation tout entière. Donc pour que cet Etat soit fort, qu’on se sente dans la modernité, il faut nécessairement une réconciliation entre l’Etat et la société civile. Pour être plus clair, il faudrait qu’à tous les niveaux que les gens sentent que cet Etat est leur Etat. En France, c’est sacré pour un français de payer l’impôt. Vous ne pouvez pas voir un citoyen français qui refuserait de payer l’impôt, pour lui ça serait un sacrilège de ne pas payer l’impôt. Par ce qu’il sent que la France est une partie de lui-même. Ici en Afrique, n’est pas l’impôt est un sport national. Alors que la collectivité nationale ne peut pas aller de l’avant si les citoyens ne sont pas réellement concernés dans la gestion des affaires du pays. S’il y a une extériorité entre les populations et les structures étatiques il ne peut pas y avoir de développement.
FM Liberté : M le Ministre, le grand philosophe français Vladmir Yankelewich qui a souffert de l’occupation nazi en France, de même que le chasseur de nazi Autrichien Saïmon Vizintal ont dit que pour faire un devoir de mémoire, il faut pardonner, mais que le pardon suffisait au préalable une certaine forme de justice. Il y a quelques jours je recevais sur ce plateau un membre de l’association des victimes du camp Boiro, il s’agissait de Thierno Telly DIALLO qui est le fils du premier secrétaire général de l’OUA. Il a repris en des termes différents un tout petit peu la conception de Yankelewich et Saïmon Vizintal, par rapport à ça, quel est votre point de vue. Est-ce que vous pensez vous aussi qu’il faut pardonner mais que le pardon suppose une justice ?
BAO : Je pense qu’il ne peut pas eu avoir de pardon accepté si une des parties n’a pas conscience que justice lui a été rendue. Donc de ce point de vue, pour qu’il y ait réellement pardon, il faudrait qu’on sente que justice est faite. Mais il faut savoir qu’il y a plusieurs démarches pour rendre justice.
A cet effet, nous dirons non à l’action judiciaire classique avec un couperet au bout. Mais nous voulons plutôt une justice à la dimension humaine. Et je pense que c’est tout à fait possible car on a les éléments, l’approche nous permettant de tourner positivement la page de l’histoire.
FM Liberté : Quelles seront réellement vos rapports avec les différentes institutions républicaines qui ont, elles aussi, disposent les mêmes pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire ?
BAO : Il n’y a pas de relation à proprement parler. Je veux dire que chaque institution garde toute sa liberté et son indépendance vis-à-vis des autres. En tant que membre d’une institution, c'est-à-dire le gouvernement, nous avons des relations de complémentarité, de coopération et de partenariat. Pour être plus explicite, il s’agira surtout de mettre en place un cadre permanant de concertation. Qui impliquerait autant les institutions républicaines, les partis politiques, les syndicats que les autres. Puisqu’au delà des gouvernements, le citoyen lambda aussi a droit d’être associé et informé de la gestion des affaires du pays. Aujourd’hui, le gouvernement et la nation guinéenne ont deux (2) contraintes et deux (2) objectifs fondamentaux : il s’agit d’organiser dans d’excellentes conditions les élections législatives prochaines. Ensuite, tout mettre en œuvre pour l’obtention du point d’achèvement du programme avec le fond monétaire. C’est vrai, il y a des revendications légitimes, le pouvoir d’achat du guinéen est faible, les difficultés sont importantes, mais c’est aussi un moment essentiel, que la Guinée puisse obtenir le point d’achèvement. Par ce qu’il reste encore six’6) à sept(7) mois pour la prochaine revue. Donc si on oublie les clivages ethniques et autres problèmes politiques pour se donner la main, je pense que tout est possible. Pour illustrer mes propos, sachez que si on obtient le point d’achèvement (décembre 2008) la réduction de la dette de la Guinée pourrait avoisiner les 2 milliards de dollars. Et je pense que ces fonds pourraient servir à développer des secteurs tels que l’éducation, la sante, la réalisation des infrastructures de base etc. C’est un enjeu extrêmement important qui va au delà d’un président de la république ou d’un gouvernement. Je pense plutôt que c’est l’avenir du pays qui est en jeu dans cette opération.
FM Liberté : M le Ministre quand est il exactement de la distribution des vivres avec le PAM ?
BAO : Nous sommes tous unanimes que la période de soudure est une période extrêmement difficile pour les populations rurales de l’Afrique de l’Ouest. Aussi, la conjoncture internationale, c'est-à-dire la crise mondiale avec une inflation galopante, portant sur les denrées de premières nécessité ont fait que le pouvoir d’achat du consommateur africain s’est fortement détérioré. C’est pour cela que la communauté internationale s’est mobilisée, et a permis à la Guinée à travers le PAM, le système des Nations Unies de pouvoir mobiliser 28 millions de dollars qui pourront permettre à 600 milles de nos compatriotes de traverser la période de soudure dans des meilleures conditions. Certains voient cela comme une honte nationale, mais personnellement, je pense que, tant qu’on peut faire quelque chose pour soulager la souffrance d’un des nôtres et au delà même de l’être humain, il faut le faire. Les mesures structurelles à prendre pour corriger les dérives du passé suivront après. Par exemple, vous ne pouvez pas voir un malade du Sida et dire que c’est bienfait pour lui. Il faut plutôt tout faire pour soulager ses souffrances et essayer dans la mesure du possible de le soigner. Et je pense qu’il faut être concret, positif et c’est ça la responsabilité d’un gouvernement, de répondre concrètement aux problèmes des citoyens.
FM Liberté : M le Ministre quand on parle de réconciliation nationale j’ai constate souvent qu’on ne prend pas toujours en compte les guinéens de l’extérieur. Il y a une communauté Guinéenne très importante qui vit à l’extérieur depuis des décennies. Après le changement intervenu en 1984 certains guinéens sont revenus au pays, mais il y a eu encore quelque millions qui sont à l’étranger et pour toute une série de raisons. Il faut dire que les Guinéens de l’extérieur sont quelque peu marginalisés en Guinée. Je crois que cela c’est une chose déplorable. Je ne sais pas dans votre mission de réconciliation nationale, est ce que des actions seront entreprises en direction de ces Guinéens de l’étranger et réconcilier les nationaux et ceux de l’extérieur ?
BAO : Je pense que le temps a fait son œuvre pour cet aspect de question. Le problème est en voie d’être résolu avec une possibilité de communication, d’implication des un et des autres indépendamment de leur lieu de résidence. Oui, il y a quelques stigmates qui restent, mais je pense que petit à petit les choses sont en train d’être réglées. Il y a une intégration effective.
FM Liberté : Qui est difficile quand même M le Ministre, vous en conviendrez ?
BAO : C’est vrai, mais le temps a fait son œuvre je vous le répète. Par exemple, lorsque beaucoup de mes amis ont appris que le Ministre de la réconciliation nationale était quelqu’un qui était avec eux, il y a plus de 20 ans en France, ils se sont réjouis et se sentent en même temps associer et fortement impliquer. Bon, il y a également d’autres membres du gouvernement qui sont dans le même cas, tel qu’Elhadj Youssouf DIALLO qui a vécu aussi longtemps en Europe. Toutefois, je pense que les gens voient qu’ils sont impliqués. Et pour la réponse gouvernementale, Elhadj Harouna BERETE est là, qui est le ministre en charge des Guinéens de l’extérieur et de l’intégration africaine. En ma qualité du Ministre de la réconciliation, je pense si tout va bien, nous allons inviter des guinéens de l’extérieur aux journées nationales de concertation que nous organisons.
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BAO : Aujourd’hui, au delà de ceux qui sont à l’UFDG, c’est l’ensemble des jeunes de la Guinée qui constitue les préoccupations du gouvernement. C’est la raison pour laquelle il a été créé un Ministère pour la promotion de l’emploi des jeunes. Et tout sera mis en œuvre pour fortement impliquer les jeunes afin qu’ils participent en tant que citoyen au changement et à préparer le devenir du pays. Surtout en prenant compte de leur besoin effectif, à savoir le besoin d’emploi, le besoin d’espace culturel etc. En tout cas, ils verront d’eux-mêmes, qu’ils ne sont pas les laisser pour compte de la dynamique globale. Par ce que nous savons plus de 60 % de la population qui a moins de 20 ans, donc une population jeune qui a besoin d’être associée à la gestion de l’Etat. Je sais qu’avec le temps que ça mettra et l’impatience grandissante de la population, certains désabusés pensent que ça risque d’être comme avant, mais je dois dire et j’insiste la dessus, que le cape du changement a pris un nouveau cours et les chances sont grandes pour que nous puissions réussir.
mettre une dynamique de réconciliation nationale ?
BAO : Oui, c’est vrai qu’il y a des maux, comme l’ethnocentrisme, l’exclusion, le rejet du plus faible qui transgressent notre société. Mais, il faut savoir aussi que la volonté du changement a été exprimée par le peuple, et le président de la république, le premier ministre, tous adhèrent à cette idée de changement. Ceci pour prendre en charge les souffrances des populations afin d’apporter des solutions idoines contre leurs maux. Je pense donc de ce coté là, que ce soit l’ethnocentrisme, le régionalisme ou le favoritisme qui encoure la mal gouvernance, nous avons la responsabilité en tant que membre du gouvernement de travailler et de changer la donne. Je crois également que pour changer cette donne, le gouvernement à sa responsabilité, les institutions républicaines ont les leurs et tout comme les citoyens aussi. C’est pourquoi l’aspect de la citoyenneté est au cœur de l’action que le ministère envisage développer. Puisque ça ne sert à rien de dire qu’il y aura un gouvernement d’élites si à la base il n’y pas de répondant de la politique qui sera mise en place. Dans la phase actuelle, il faut que tout avance dans une harmonie plus au moins parfaite. C'est-à-dire, la base, les gouvernements et les administrations doivent avoir la même vision du pays. Je veux dire, mettre l’intérêt des citoyens au cœur de l’action gouvernementale. Comme dirait un autre par rapport à une activité commerciale, que le client est roi, donc pour le gouvernement aussi, le citoyen est le roi. Par rapport à la deuxième question, je pense qu’on a des partenaires qui adhèrent complètement à l’idée de la réconciliation nationale. Telles que les coordinations régionales, qui constituent un partenaire essentiel dans le processus de la réconciliation. Nous allons donc mettre en place un cadre de concertation permanent où l’ensemble des forces vives de la nation seront impliquées. De manière sectorielle il y aura un comité national de la réconciliation qui sera également mis en place, et qui aura en son sein les personnes les plus représentatives de la nation, les plus consensuelles pour apport leurs idées et leur volonté de faire avancer le pays dans le sens de l’unité et de la concorde. Je pense qu’au delà des mots, le Ministère se met progressivement en place et les actions parleront d’elles mêmes. Et il faut souligner qu’aucun chantier n’est, et ne sera tabou dans ce Ministère. Je vous fais d’ors et déjà une illustration d’actions du Ministère pour vous faire une idée de ce qui nous attend. En 2001 par exemple, il y a eu des heurts à Cosa, qui ont fait des victimes parmi les citoyens. Des corps des victimes avaient été déposés, depuis cette date, à la morgue de Donka et qui ne sont pas encore récupérés par les familles des victimes. Aujourd’hui, le Ministère de la réconciliation prend en charge le problème pour essayer de faire en sorte que les parents des victimes acceptent de récupérer les corps. Sans oublier que les autres éléments de leur revendication seront aussi étudiés pour qu’on puisse avancer de manière concrète par rapport à chaque cas qui va se présenter. C’est vraie qu’il y a une multitude de problématique, mais fondamentalement, tout le pays doit le savoir, qu’on ne peut pas avancer si on est désuni. Egalement, on ne peut pas se développer si le pays n’est pas stabilisé, on ne peut pas être fier si au sein de notre société les inégalités sont très cruelles et très fortes. Et il aussi savoir que le développement individuel ne peut pas se faire en dehors d’un épanouissement collectif de la nation. Comme je le disais donc, nous avons en charge de poser le jalon d’une Guinée unie et prospère. Il s’agit donc de mettre en place un environnement qui nous permettra de régler progressivement les autres problèmes. Ce n’est pas de l’illusion car tout les aspects qui nous permettrons de régler en profondeur les clivages et d’autres conflits potentiels seront abordés. Aujourd’hui, j’ose espérer qu’avec la participation et le concours de tous, la modération, le sens du dialogue, l’esprit de servir la nation sera l’esprit qui va guider les uns et les autres pour nous faire avancer. Afin de préparer l’avenir pour les futures générations du pays.
FM Liberté : M le Ministre, de quels des anciens problèmes et les problèmes actuels allez-vous commencer pour réconcilier les Guinéen ? Et en votre qualité de leader politique peut-on savoir aujourd’hui comment sont les relations entre l’UFDG et l’UFD qui, à ce que je sache ont toujours été en brouille ?
BAO : Je pense d’ores et déjà, que vous mesurez la dimension de la mission réservée à mon département, c’est un chantier très vaste. Des anciens problèmes et des problèmes actuels par où commencer ? Je pense que dans le contexte actuel, le plus urgent, c’est de faire en sorte que le pays retrouve sa stabilité. Surtout redonner confiance à la population que ses problèmes sont pris en compte dans l’action gouvernementale. Nous voulons le plus rapidement possible que la sécurité et la stabilité redeviennent tout à fait normales dans le pays. C’est pourquoi aussi, nous organisons ces journées nationales de la concertation où tout le monde est invité pour donner une base au processus de la réconciliation. Elles devront permettre à étaler les revendications du peuple Guinéen à la base. Et de ce point de vu, le Ministère en charge de la réconciliation nationale avec les autres communautés du gouvernement et le pays tout entier travailleront pour faire en sorte que ces engagements deviennent des choses concrètes. Il y a également l’aspect de conflits historiques qui sera pris en compte, mais pour le moment, je préfère ne pas dévoiler la stratégie qui sera mis en place pour tout cet ensemble de problèmes. Comme je l’ai dit plus haut, nous voulons préparer la Guinée de demain et à être un pays réconcilié avec lui-même. Pour l’autre point, je dirais qu’il n’y a pas de problème entre l’UFD et l’UFDG. Aujourd’hui, j’ai la charge du Ministère de la réconciliation nationale, mais il faut retenir qu’UFDG, en son sein, travail à élaborer des stratégies particulières vis-à-vis des autres partis politiques. Néanmoins, je pense que ce n’est pas le lieu, ni le moment d’aborder des aspects qui sont de ce point de vu plus partisan.
M Sow : M le Ministre, depuis quelques années les relations entre civiles et militaires ne sont pas au beau fixe. Que compte faire votre département pour remédier à cette situation ? Quel rapport y a-t-il entre le ministère de la réconciliation et celui de la décentralisation ?
BAO : Je pense que la question de relation entre les civiles et les militaires est un dossier brûlant qui préoccupe l’ensemble du gouvernement. Depuis 2 ans, il y a un comité civilo-militaire qui travail d’arrache pied sur le dossier et qui a fait des propositions qui seront entendues lors des journées nationales de la réconciliation. Mais d’ors et déjà je peux vous dire qu’avec les Ministères de la défense et de la sécurité, nous sommes en étroite collaboration pour aborder les questions qui permettraient de décrisper les relations tendues entre les civiles et les militaires. En tout cas, ce ne sont pas des questions qui seront occultées, parce qu’il y va de la stabilité du pays et de la crédibilité du gouvernement vis-à-vis de l’opinion nationale et internationale. Il y aura donc beaucoup d’actions à développer pour favoriser les bonnes relations entre les militaires et les populations. Nous allons développer des programmes de sensibilisation qui permettront de remettre les choses dans l’ordre.
Par rapport au lien réconciliation-décentralisation, il faut dire que la décentralisation, c’est la gestion des élus locaux, des citoyens à la base, à travers des élections crédibles et transparentes pour gérer les affaires des communautés. Ce qui est différent de la réconciliation nationale qui, elle, s’investi par rapport à des problèmes vécus, des clivages qui existent au sein de la société guinéenne et qui risquent de remettre en cause la stabilité nationale. Qu’il faut dès maintenant corriger pendant qu’il est temps. Ce sont donc deux ministères différents, et le nôtre s’appui aussi sur les représentations authentiques des populations. Afin de favoriser le dialogue et avoir une politique qui satisfasse les intérêts des uns et des autres tout en préservant l’essentiel.
FM Liberté : Excellence, comparativement à l’Afrique du Sud, est ce qu’il faut d’abord la vérité avant la réconciliation pour complètement la crise nationale guinéenne?
BAO : Je crois que pour bâtir une politique durable, une politique progressiste ou positive, il faut s’appuyer fidèlement sur la verité. Si je fais un retour en arrière par rapport à l’idée de réconciliation nationale dans ce pays, on parlera toujours du concept de la verité et de l’intérêt national. Pour toucher par exemple un aspect très important, nous avons le développement de la citoyenneté ou d’un sentiment fort d’appartenance à un pays avec des valeurs et des objectifs qui s’appuient sur des échanges et sur des actions concrètes. Et je crois qu’à ce niveau les medias ont un grand rôle à jouer pour favoriser et accélérer le processus de la réconciliation nationale. Nous ne demandons pas aux medias d’être rangés derrière tel bloc ou tel autre.
Mais le fondamental est que toute action doit s’appuyer surtout l’objectivité et la verité. Ça permet de faire avancer les choses et d’élever le niveau de conscience des populations. Qu’on aime ou pas le gouvernement, je pense que les medias devraient pouvoir jouer la neutralité et être surtout objectifs, avec des faits relatés tels qu’ils se sont produits. Car le discrédit du pays tout entier est un fait majeur, mais pas au détriment du gouvernement, c’est plutôt au détriment de l’ensemble de la collectivité nationale. Je ne demande aussi nullement de faire les louanges de quelqu’un, loin s’en faut, mais essayons de situer nos vrais problèmes. Je pense que c’est également une des manières positives de participer à la résolution des problèmes de ce pays. Parce que si on ne dit pas la vérité, les gens ne comprendront pas le bien fondé ou non de certaines actions ou de certaines politiques. Etant donné qu’aujourd’hui, nous pouvons tous nous mobiliser pour participer à la définition du destin collectif. Aujourd’hui il y a un gouvernement qui est place, demain il y aura d’autres gouvernements, mais si on n’avance pas ceux qui viendront ne trouveront que des chantiers béants ou tout est à reprendre. Ceci devrait aujourd’hui nous motiver tous car moi je pense que nous sommes à une phase où on doit donner une chance à la Guinée.
FM Liberté : Aujourd’hui la communauté internationale exige que la lumière soit faite sur les exactions de janvier et février 2007. Que pense votre département de commission d’enquête mise en place pour faire la lumière sur ces évènements ?
BAO : Je pense que la commission d’enquête nationale indépendante comme son nom l’indique, c’est surtout l’aspect enquête qui prédomine. Et comme l’a dit le Premier Ministre, la commission d’enquête fera son travail. Mais je pense d’abord qu’il faut réexaminer les questions. Nous allons se poser la question de savoir quelle est la dynamique la plus adaptée pour faire la lumière. L’enquête sur des faits connus peut faire avancer les choses comme ça peut aussi faire retarder. Mais il faut préciser que ce qui m’implique dans ce dossier en tant que Ministre de la réconciliation nationale, ce sont les victimes. Qu’est ce qu’elles sont devenues ? Que devinent les enfants que certains ont dû laisser ? Qu’est ce que la collectivité nationale peut faire pour réparer en partie ce qui a été perdu, soit en vie humaine soit en des handicaps définitifs qui font que ces personnes n’arrivent plus à se prendre en charge. Je pense qu’il y a deux (2) dynamiques complémentaires à ce niveau.
Il y a une dynamique de réparation et de compensation par rapport aux victimes, et c’est ce qui incombe mon département. Et quant aux autres aspects (judiciaire, enquête), ils relèvent des compétences de mes autres collègues Ministres qui pourront mieux vous expliquer avec plus d’expertises que moi ces aspects de questions.
FM Liberté : Est-ce que votre département a envisagé des actions concrètes par rapport aux événements qui ont lieu entre la police et l’armée nationale à l’image bien entendu de la fondation Lansana CONTE pour la Paix.
BAO : Je dois vous préciser que le jour de l’enterrement des trois (3) policiers j’étais là avec le Ministre de la Sécurité. Nous représentions le gouvernement tout entier. C’est pour vous dire combien nous sommes engagés à être là, là où il faut faire en sorte que les guinéens puissent éventuellement rétablir la vérité, réparer, se réconcilier pour préserver l’intérêt national.
BARRY Ibrahim : En tant leader politique quel poste occupez-vous au sein de votre parti ? Pensez-vous pouvoir concilier ce poste à votre fonction de Ministre?
BAO : Comme vous devriez le savoir, à l’heure actuelle je suis le vice président chargé des relations extérieurs et de la communication de l’UFDG. Je veux vous dire tout simplement que ce que nous faisons au sein de l’UFDG, nous essayerons aussi de le faire au sein du pays tout entier. C’est une volonté de rassemblement, une volonté de partage, une volonté de tenir compte des représentations de toutes les sensibilités, culturelle, ethnique dans le pays pour que chacun se sente impliquer. C’est la politique d’Elahdj Cellou Dalein DIALLO que nous appliquons au sein de l’UFDG. C’est pour cela nous pensons élargir les postes de vice président pour que l’ensemble des communautés nationales se sente directement représenter au sein du parti. Nos critères à tous les niveaux, c’est d’assurer la représentation de l’ensemble des diversités, qu’elles soient culturelle, ethnique, régionale. Puisque je pense, que c’est cela la nation de la Guinée. Je ne me sens donc pas partager entre les deux (2) fonctions de Ministre et de Vice président de mon parti. Je pense plutôt que ce sont deux fonctions complémentaires par ce que ça va dans le même sens.
Auditeur : Peut-on parler aujourd’hui de changement même si le critère de choix des personnes qui composent le gouvernement a permis de regrouper toutes les sensibilités nationales ?
BAO : Je pense que le pays est en train de changer. Auparavant, des personnes, des cadres choisis sur la base des critères techniques, technocratiques et autres, étaient pris pour être dans le gouvernement. Aujourd’hui le contexte a fondamentalement changé, nous sommes dans un cadre nouveau où les fonctions Ministérielles sont essentiellement des fonctions politiques pour un certains nombre. Aussi, c’est des fonctions qui assurent la représentation de l’ensemble des sensibilités nationales. Que ce soit politique, syndicale, société civile, et des individualités sur la base de leur compétence intrinsèque. C’est donc pour vous dire que nous préparons progressivement de par la politique, une nouvelle réalité des institutions et de la gestion gouvernementale en Guinée. Ailleurs, vous avez un système parlementaire semi présidentiel où ce sont les responsables majoritaires au sein de l’Assemblée Nationale qui constituent le gouvernement. A l’heure actuelle, en Guinée, nous sommes dans un système présidentiel. Mais la pratique ces deux (2) dernières années, c’est de prendre en compte la représentation des différentes représentations des sensibilités. A titre d’exemple, un syndicaliste qui est dans le gouvernement, l’est-à part entière, au même titre que tous les autres membres du gouvernement. Mais il est aussi un élément qui peut assurer une médiation beaucoup plus efficace entre le mouvement syndical, dans sa globalité et la gestion gouvernementale. Pour prendre en compte les intérêts des travailleurs par rapport à la manière dont le pays est géré. Il va de même pour les politiques. Ceux qui viennent des partis politiques viennent avec une conception de projets de société qui doivent au sein du gouvernement, apporter un plus dans le cadre d’une convergence que le Premier Ministre rendra concret pour que l’ensemble des sensibilités concourent à la définition d’une nation commune, pour un destin collectif commun. C’est pour cela, il est important de maintenir l’encrage politique des uns et des autres. En tant que personne je ne suis rien du tout. L’individu n’est qu’un individu et pas plus. Mais si en tant que politique je viens avec les idées, avec une certaine dynamique positive (que ceux qui sont dans le parti se sentent représenter par un de leur) je pense que ça donne plus de force, de compétence et plus de crédibilité. Aussi, je sais que mon action a une implication sur le devenir du parti auquel j’appartiens. Donc ma responsabilité est telle, que je dois faire beaucoup attention, agir dans le bon sens pour ne pas donner du tord à ceux qui ont crû en ma personne.
M. BARRY : La crise guinéenne ne date pas d’aujourd’hui, et peut être aussi que nous pouvions l’éviter. Est-ce que ce gouvernement auquel vous appartenez pourra nous sortir de là ? Ne pensez vous pas était mieux de chercher à soulager des victimes ?
BAO : Bon, vous savez que la fin des années ‘’90’’, c’était un nouveau challenge dans un contexte de contestations qui s’établira sur l’ensemble des pays Africains. Et la conférence nationale souveraine a été proposée comme alternative pour sortir les pays des politiques, sociales, économiques et autres. Je crois que peu importe le mot qui est utilisé, mais ce qui est important devant l’ampleur des crises, des difficultés qu’un pays traverse, c’est rassemblé ses fils et filles pour étudier les voies et moyens de sortie de crise. Nous avons eu par le passé plusieurs concertations pour essayer de défricher les chantiers, afin d’éviter les catastrophes dans notre pays. En guise d’illustration, en Octobre- Novembre 2006, il y a eu des journées thématiques qui ont été organisées pour passer au scribe les différentes problematiques que notre pays connaît. Ces journées ont eu lieu grâce au concours de l’USAID, IFES, avec les organisations de la société civile. A l’époque, le gouvernement a boudé ces rencontres alors qu’elles étaient extrêmement enrichissantes et fertiles. Je pense que s’il y avait eu une écoute favorable à l’époque, peut être qu’on aurait pu éviter ce que nous avons vécu en Janvier et Février 2007. Aujourd’hui, nous sommes dans un autre contexte. Beaucoup d’efforts ont été d’ores et déjà consentis dans la recherche des voies de sortie de crise. Et raison pour la quelle pour la 1ère fois dans l’histoire de la guinée moderne, il y a un gouvernement de large ouverture, regroupant toutes les sensibilités du pays. C’est dire donc qu’il y a une étape qui est en train d’être franchie dans la gestion des affaires du pays. Ensuite, les journées devant avoir lieu les jours à venir seront des journées qui pourront permettre de redéfinir les relations entre les gouvernants et les populations à la base. Les cris de cœur seront entendus et chaque responsable gouvernemental prendra en charge les questions qui lui reviennent et qui seront inscrits dans le plan d’action du département.
Je suis d’accord avec vous par rapport à votre deuxième approche, c'est-à-dire soulager les victimes. Je pense que c’est une responsabilité morale, politique à la quelle on doit tenir compte. Je dois dire que suite à la rencontre que nous avons eu avec le système des nations unies en guinée dans le cadre de la consolidation de la paix et de la prévention des conflits, il y a eu effectivement ces genres de propositions pour envisager des mesures de réparation et de compensation aux victimes. Je prends bonne note, et à la prochaine rencontre que je dois avoir avec mes homologues de la défense et de la sécurité je leur soumettrais ces propositions.
Auditeur : M le Ministre, vous venez de l’opposition, êtes vous prêt à jeter l’éponge quand vous ne partagerez pas les mêmes idées que le gouvernement auquel vous appartenez ?
Je crois qu’avant d’appartenir ce gouvernement, mon parti a d’abord déposé quatre (4) points de vue que nous estimions essentiels. Le premier élément, c’est la nécessité de tenir les élections législatives dans le délai imparti et que ça soient des élections crédibles et transparentes. Deuxièmement, que tous les efforts soient fournis pour qu’on atteigne le point d’achèvement du programme avec le FMI. Troisièmement, que les problèmes et les difficultés des populations les plus démunies de notre pays fassent l’objet d’une préoccupation majeur du gouvernement. Et enfin le quatrième élément, que les pratiques de bonne gouvernance soient développées et encouragées sur le pays tout entier. Je dois dire que par rapport a ces quatre (4) points, je suis heureux aujourd’hui de me sentir pleinement en phase avec l’action gouvernementale et le sentiment de servir mon pays de la manière la plus objective. Ministre ou pas Ministre, c’est qui est en train d’être fait humainement, je pense que c’est ça qui est important.
Je crois que dans les semaines à venir il y aura une réponse concrète à votre préoccupation. Je suis clairement d’avis avec vous dans cette démarche. Par ce que c’est surtout ça notre société. Par exemple, quand quelqu’un meurt chez nous, ce sont ses proches qui s’adressent à l’ensemble du public, pour demander s’il avait de dettes, et que ceux auxquels ils devaient de l’argent fassent une déclaration. Et c’est à ces éléments les plus proche de demander, à l’ensemble de l’auditoire et aux autres, pardon pour les tords ou actions négatives que leur aurait commis le défunt. C’est dire aussi dans la démarche politique qu’il est aussi important de s’appuyer sur nos valeurs traditionnelles, nos coutumes positives pour résoudre certains de nos problèmes.
FM liberté : M le Ministre, je fais partie, si vous voulez, de ceux qui se sont réjouis quand il y a eu ce remaniement ministériel, d’apprendre que vous avez été nommé et surtout nommé à ce poste. Vous êtes Ministre chargé de la réconciliation nationale, de la solidarité et des relations avec les institutions. Je me suis réjouis de cette nomination par ce que je connais un peu votre parcours. Vous êtes depuis très longtemps engagé dans des combats allant dans le sens de la justice et de la liberté. Tout en restant très engagé, par ailleurs vous avez gardé le sens de la mesure dans vos combats. Vous faites aussi preuve de beaucoup d’ouverture de largesse d’esprit, vous dialoguez beaucoup, vous aimez discuter, vous rencontrer régulièrement la presse, ce qui est une excellente chose. Il faudrait donc à ce poste quelqu’un qui a un tout petit peu votre profil M le Ministre. Mais je dois vous dire que le travail dans le contexte guinéen, la mission dont vous êtes chargé ne sera pas du tout facile. Après la guerre en France, il y a eu l’épuration avec tout ce que cela a engendré comme conséquence. Et puis en Allemagne aussi, le phénomène de la réconciliation a posé beaucoup de problèmes. Beaucoup plus récemment en Afrique du Sud, il a fallu la personnalité très forte dominante, un homme comme Nelson Mandela pour pouvoir raccorder les bouts. (si vous me permettez l’expression). En guinée nous avons une histoire relativement courte, 50 ans d’histoire ce n’est pas beaucoup mais ces 50 années ont été jalonnées de beaucoup de problèmes. Il y a eu des injustices, il y a eu des crimes, il y a eu des blessures, de cassures et de nombreuses personnes et familles ont été blessées dans leur chair, leur âme, dans leur mémoire. M le Ministre vous avez néanmoins tous les profils pour essayer de nous conduites vers une véritable réconciliation nationale. Mais quels sont les grands axes de votre politique, de votre action dans ce sens ?
BAO : Merci M SYLLA, vous avez été très élogieux à mon endroit, et j’espère pouvoir mériter tout ce que vous dites, et je vous remercie du fond du cœur. Je pense que le plus important, c’es de préparer le monde pour les vivants. C’est pour vous dire que nous devons tourner le regard vers l’avenir, agir maintenant pour régler les problèmes d’hier et du présent, afin de préserver les acquis et ne pas hypothéquer le destin collectif de la nation. A l’échelle individuelle, ont peut s’enfermer dans son espace et avoir le regard sur le rétroviseur et ne pas pouvoir aller au delà. Nous sommes une nation, l’histoire est tragique et elle se chargera de situer les responsabilités au fil de l’évolution du pays et de la société. Je pense que l’essentiel est qu’on puisse conserver notre mémoire collective pour renforcer et enrichir notre passé nous permettant de forger un destin collectif orientée vers le progrès et la modernité. Nous avons eu un passé tragique, notre contexte est rempli de violence, nous devons donc travailler pour faire de notre pays un pays apaisé où les libertés de l’homme seront respectées. Et c’est ça que nous devons léguer aux générations futures. Janvier et Février 2007, est un événement extrêmement important dans le devenir collectif de la Guinée pour des années et des années. Et il faut que les gens s’en rendent compte le cape du changement a commencé en cette période. Les jeunes ont bravé la mort pour que ça puisse changer, et les choses, depuis, sont en train de changer, malgré les obstacles qui persistent encore. Donc, je pense qu’on ne peut pas régler nos problèmes avec notre passé en disant qu’il faut réconcilier tout. Mais il faut que chacun se rend compte que la liberté que nous allons léguer aux générations futures est obtenue au prix du sang des jeunes qui se sont levés pour réclamer leur droit. Alors dans 15 ans, 20 ans, 30 ans, 40 ans, c’est ça qui va rester et pour marquer les esprits des générations futures. Je pense que nous faisons notre travail. La génération de l’indépendance a fait ce qu’elle avait à faire, la génération actuelle a payé le prix pour que demain nous soyons une nation démocratique, forte et réconciliée. Aujourd’hui mon action au sein du gouvernement dans la dynamique du changement et la traduire dans le concret. Pour terminer, une semaine après la création du Ministère et ma nomination, j’ai reçu avec grand plaisir un coup de fil du Ghana. C’était un coup de fil du fils de l’ancien Colonel Diara TRAORE qui se félicitait de la création de ce Ministère en se disant que maintenant le vrai dialogue va commencer pour qu’on puisse tourner la page de manière positive.
FM Liberté : Est-ce que le Ministère a son siège ? Qui faut-il réconcilier en Guinée ? Est ce que vous avez les moyens de votre politique vis-à-vis des institutions ?
BAO : On a déjà notre siège, mais nous attendons que les services des impôts qui occupent des espaces assez grands, déménagent pour qu’on prenne possession des impôts. Donc je pense que dans les prochains jours, le tout sera officialisé et ça permettra de situer le Ministre et que l’activité concrète avec tout ce que cela implique pourrait commencer. Et permettre à mes collaborateurs de pouvoir travailler dans les meilleures conditions. Qui faut-il réconcilier ? Je pense que comme je l’ai dit tantôt, janvier-février 2007 est un élément illustratif des problèmes que le pays a connu. Cette période de soulèvement social constitue les moments fondateurs d’une véritable démocratie dans le pays. Il faut donc qu’on ait les enseignements les plus positifs de ces événements pour mettre en place le système démocratique permettant de réconcilier la société guinéenne avec elle-même. Et lorsque ce processus sera approfondi et atteint, que les institutions de la république intégreront à tous les niveaux (gouvernement, administration, ONG etc..), le ministère de la réconciliation nationale, en ce moment, n’aura plus sa raison d’être. Et ce jour se félicitera d’avoir rempli une noble. Par ailleurs, il faut noter qu’on a dit simplement que le ministère est chargé des relations avec les institutions. Il n’est pas préciser si c’est avec les institutions républicaines ou autres. En faite, il s’agit des institutions dans une conception plus large ; ce sont les institutions de la république, les institutions à l’intérieur de la société civile, les institutions avec les partenaires etc. C’est en fait voulu comme tel pour laisser un champ vaste pour qu’il y ait une concertation la plus large possible avec les uns et les autres, afin d’éviter des exclusions. Décidément, nous savons que les crises des Etats africains son généralement dues du fait qu’il y a eu divorce entre l’Etat post colonial et la société civile dans sa conception la plus large possible. C’est pour cela il y a des heurts, les populations ne se sentent pas tout à fait représenter au sein de l’Etat. Il y a des visions parallèles, on croit que l’Etat c’est les autres et non nous, alors que l’Etat c’es nous-mêmes, c’est la nation tout entière. Donc pour que cet Etat soit fort, qu’on se sente dans la modernité, il faut nécessairement une réconciliation entre l’Etat et la société civile. Pour être plus clair, il faudrait qu’à tous les niveaux que les gens sentent que cet Etat est leur Etat. En France, c’est sacré pour un français de payer l’impôt. Vous ne pouvez pas voir un citoyen français qui refuserait de payer l’impôt, pour lui ça serait un sacrilège de ne pas payer l’impôt. Par ce qu’il sent que la France est une partie de lui-même. Ici en Afrique, n’est pas l’impôt est un sport national. Alors que la collectivité nationale ne peut pas aller de l’avant si les citoyens ne sont pas réellement concernés dans la gestion des affaires du pays. S’il y a une extériorité entre les populations et les structures étatiques il ne peut pas y avoir de développement.
FM Liberté : M le Ministre, le grand philosophe français Vladmir Yankelewich qui a souffert de l’occupation nazi en France, de même que le chasseur de nazi Autrichien Saïmon Vizintal ont dit que pour faire un devoir de mémoire, il faut pardonner, mais que le pardon suffisait au préalable une certaine forme de justice. Il y a quelques jours je recevais sur ce plateau un membre de l’association des victimes du camp Boiro, il s’agissait de Thierno Telly DIALLO qui est le fils du premier secrétaire général de l’OUA. Il a repris en des termes différents un tout petit peu la conception de Yankelewich et Saïmon Vizintal, par rapport à ça, quel est votre point de vue. Est-ce que vous pensez vous aussi qu’il faut pardonner mais que le pardon suppose une justice ?
BAO : Je pense qu’il ne peut pas eu avoir de pardon accepté si une des parties n’a pas conscience que justice lui a été rendue. Donc de ce point de vue, pour qu’il y ait réellement pardon, il faudrait qu’on sente que justice est faite. Mais il faut savoir qu’il y a plusieurs démarches pour rendre justice.
A cet effet, nous dirons non à l’action judiciaire classique avec un couperet au bout. Mais nous voulons plutôt une justice à la dimension humaine. Et je pense que c’est tout à fait possible car on a les éléments, l’approche nous permettant de tourner positivement la page de l’histoire.
FM Liberté : Quelles seront réellement vos rapports avec les différentes institutions républicaines qui ont, elles aussi, disposent les mêmes pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire ?
BAO : Il n’y a pas de relation à proprement parler. Je veux dire que chaque institution garde toute sa liberté et son indépendance vis-à-vis des autres. En tant que membre d’une institution, c'est-à-dire le gouvernement, nous avons des relations de complémentarité, de coopération et de partenariat. Pour être plus explicite, il s’agira surtout de mettre en place un cadre permanant de concertation. Qui impliquerait autant les institutions républicaines, les partis politiques, les syndicats que les autres. Puisqu’au delà des gouvernements, le citoyen lambda aussi a droit d’être associé et informé de la gestion des affaires du pays. Aujourd’hui, le gouvernement et la nation guinéenne ont deux (2) contraintes et deux (2) objectifs fondamentaux : il s’agit d’organiser dans d’excellentes conditions les élections législatives prochaines. Ensuite, tout mettre en œuvre pour l’obtention du point d’achèvement du programme avec le fond monétaire. C’est vrai, il y a des revendications légitimes, le pouvoir d’achat du guinéen est faible, les difficultés sont importantes, mais c’est aussi un moment essentiel, que la Guinée puisse obtenir le point d’achèvement. Par ce qu’il reste encore six’6) à sept(7) mois pour la prochaine revue. Donc si on oublie les clivages ethniques et autres problèmes politiques pour se donner la main, je pense que tout est possible. Pour illustrer mes propos, sachez que si on obtient le point d’achèvement (décembre 2008) la réduction de la dette de la Guinée pourrait avoisiner les 2 milliards de dollars. Et je pense que ces fonds pourraient servir à développer des secteurs tels que l’éducation, la sante, la réalisation des infrastructures de base etc. C’est un enjeu extrêmement important qui va au delà d’un président de la république ou d’un gouvernement. Je pense plutôt que c’est l’avenir du pays qui est en jeu dans cette opération.
FM Liberté : M le Ministre quand est il exactement de la distribution des vivres avec le PAM ?
BAO : Nous sommes tous unanimes que la période de soudure est une période extrêmement difficile pour les populations rurales de l’Afrique de l’Ouest. Aussi, la conjoncture internationale, c'est-à-dire la crise mondiale avec une inflation galopante, portant sur les denrées de premières nécessité ont fait que le pouvoir d’achat du consommateur africain s’est fortement détérioré. C’est pour cela que la communauté internationale s’est mobilisée, et a permis à la Guinée à travers le PAM, le système des Nations Unies de pouvoir mobiliser 28 millions de dollars qui pourront permettre à 600 milles de nos compatriotes de traverser la période de soudure dans des meilleures conditions. Certains voient cela comme une honte nationale, mais personnellement, je pense que, tant qu’on peut faire quelque chose pour soulager la souffrance d’un des nôtres et au delà même de l’être humain, il faut le faire. Les mesures structurelles à prendre pour corriger les dérives du passé suivront après. Par exemple, vous ne pouvez pas voir un malade du Sida et dire que c’est bienfait pour lui. Il faut plutôt tout faire pour soulager ses souffrances et essayer dans la mesure du possible de le soigner. Et je pense qu’il faut être concret, positif et c’est ça la responsabilité d’un gouvernement, de répondre concrètement aux problèmes des citoyens.
FM Liberté : M le Ministre quand on parle de réconciliation nationale j’ai constate souvent qu’on ne prend pas toujours en compte les guinéens de l’extérieur. Il y a une communauté Guinéenne très importante qui vit à l’extérieur depuis des décennies. Après le changement intervenu en 1984 certains guinéens sont revenus au pays, mais il y a eu encore quelque millions qui sont à l’étranger et pour toute une série de raisons. Il faut dire que les Guinéens de l’extérieur sont quelque peu marginalisés en Guinée. Je crois que cela c’est une chose déplorable. Je ne sais pas dans votre mission de réconciliation nationale, est ce que des actions seront entreprises en direction de ces Guinéens de l’étranger et réconcilier les nationaux et ceux de l’extérieur ?
BAO : Je pense que le temps a fait son œuvre pour cet aspect de question. Le problème est en voie d’être résolu avec une possibilité de communication, d’implication des un et des autres indépendamment de leur lieu de résidence. Oui, il y a quelques stigmates qui restent, mais je pense que petit à petit les choses sont en train d’être réglées. Il y a une intégration effective.
FM Liberté : Qui est difficile quand même M le Ministre, vous en conviendrez ?
BAO : C’est vrai, mais le temps a fait son œuvre je vous le répète. Par exemple, lorsque beaucoup de mes amis ont appris que le Ministre de la réconciliation nationale était quelqu’un qui était avec eux, il y a plus de 20 ans en France, ils se sont réjouis et se sentent en même temps associer et fortement impliquer. Bon, il y a également d’autres membres du gouvernement qui sont dans le même cas, tel qu’Elhadj Youssouf DIALLO qui a vécu aussi longtemps en Europe. Toutefois, je pense que les gens voient qu’ils sont impliqués. Et pour la réponse gouvernementale, Elhadj Harouna BERETE est là, qui est le ministre en charge des Guinéens de l’extérieur et de l’intégration africaine. En ma qualité du Ministre de la réconciliation, je pense si tout va bien, nous allons inviter des guinéens de l’extérieur aux journées nationales de concertation que nous organisons.
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BAO : Aujourd’hui, au delà de ceux qui sont à l’UFDG, c’est l’ensemble des jeunes de la Guinée qui constitue les préoccupations du gouvernement. C’est la raison pour laquelle il a été créé un Ministère pour la promotion de l’emploi des jeunes. Et tout sera mis en œuvre pour fortement impliquer les jeunes afin qu’ils participent en tant que citoyen au changement et à préparer le devenir du pays. Surtout en prenant compte de leur besoin effectif, à savoir le besoin d’emploi, le besoin d’espace culturel etc. En tout cas, ils verront d’eux-mêmes, qu’ils ne sont pas les laisser pour compte de la dynamique globale. Par ce que nous savons plus de 60 % de la population qui a moins de 20 ans, donc une population jeune qui a besoin d’être associée à la gestion de l’Etat. Je sais qu’avec le temps que ça mettra et l’impatience grandissante de la population, certains désabusés pensent que ça risque d’être comme avant, mais je dois dire et j’insiste la dessus, que le cape du changement a pris un nouveau cours et les chances sont grandes pour que nous puissions réussir.
Amadou Oury BAH
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