Ex-Ministre de Réconcialiation Nationale , de la Solidarité et des Rélations avec les Institutions

DECLARATION FINALE
Les Journées Nationales de Dialogue et d’Initiatives se sont déroulées les 12, 13 et 14 août 2008 à Conakry.
Organisées sous l’égide du Gouvernement à travers le Ministère Chargé de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions, le Conseil Economique et Social, le Conseil des Sages, le Conseil National de la Société Civile Guinéenne, l’Intercentrale syndicale, le Comité Civilo-Militaire, les Partis politiques, les organisations de femmes et de jeunes, ces journées ont été réalisées grâce à un financement des Nations Unies (Fonds de Consolidation de la Paix) et avec l’appui technique de IFES.
Elle est la suite du projet de Promotion de la Concertation Sociale en Guinée (ProConSoGui), marqué par des dialogues de proximité qui se sont déroulés du 10 avril au 12 juillet 2008 dans les 33 préfectures et les 5 communes de Conakry.

Cette importante rencontre avait pour objectif de permettre aux participants sur la base des résultats de ces concertations de proximité, d’échanger et de débattre sur les grandes questions d΄intérêt national, de dégager les perspectives communes, de formuler des recommandations et de prendre des engagements en vue d’une Guinée plus forte, unie et prospère.

PARTICIPANTS

Ces journées ont regroupé plus de 425 personnes provenant de l’ensemble du territoire national, et représentant:

• le Conseil Economique et Social
• le Gouvernement
• les Partis politiques
• le Conseil National des Organisations de la Société Civile
• les centrales syndicales
• les Ordres et Organisations socio-professionnelles
• le Conseil des Sages
• le Conseil Inter religieux
• les Organisations de Femmes et de Jeunes
• les Organisations patronales et les Chambres consulaires
• les Forces de Défense et de Sécurité
• les Médias

PREAMBULE

1. Considérant la volonté du Président de la République et du Gouvernement à promouvoir la réconciliation pour renforcer l’unité nationale
2. Considérant les vertus du dialogue auxquelles la Guinée se doit impérativement de souscrire afin de s’inscrire dans la logique d’une paix durable et l’unité nationale ;
3. Considérant la volonté de tous les Guinéens de privilégier le dialogue en vue de la préservation d’un climat social apaisé dans le pays ;
4. Considérant que tous les Guinéens doivent jouir de tous les droits que leur confèrent les instruments juridiques en vigueur ;
5. Considérant l’absolue nécessité de promouvoir l’État de droit, la démocratie, et la bonne gouvernance ;
6. Considérant l’impérieuse nécessité de restaurer l’autorité et la crédibilité de l’Etat en veillant scrupuleusement au respect des lois et règles en vigueur ;
7. Considérant les difficultés pour les Institutions Républicaines à appliquer et à faire respecter certaines dispositions de la Loi fondamentale
8. Ayant noté les aspirations exprimées par les femmes et les jeunes quant à la place qui leur revient dans le processus politique et socio-économique ;
9. Après avoir noté la volonté exprimée par des partis politiques de s’impliquer étroitement dans le processus de dialogue et d’œuvrer pour le développement socio-économique du pays ;
10. Prenant acte des excuses présentées au peuple de Guinée par les Forces de Défense et de Sécurité et leur détermination à restaurer la confiance entre elles et les populations civiles ;
11. Conscients que seul un pouvoir démocratique fort, issu d’élections libres, transparentes et crédibles, pourra conduire le pays vers le changement que souhaitent les Guinéens ;
12. Considérant la mauvaise perception des Forces de Défense et de Sécurité par les populations due aux exactions commises par des éléments incontrôlées
13. Considérant le niveau élevé d’insécurité constaté à l’échelle nationale
14. Considérant la volonté réitérée des Forces de Défense et de Sécurité à toujours respecter les valeurs fondamentales républicaines ;
15. Considérant la volonté exprimée par les participants d’instaurer un cadre permanent de dialogue et de concertation ;

Au terme des travaux, les participants ont adopté les recommandations suivantes :

RECOMMANDATIONS

Les Participants aux Journées Nationales de Dialogue et d’Initiatives recommandent :

A. Au niveau de la Gouvernance

Par rapport au système judiciaire :
• Mettre en place un cadre pour l’évaluation de la Loi fondamentale en vue de sa révision dans certaines de ses dispositions
• Diffuser largement les actes administratifs et législatifs par tous canaux de communication notamment le Journal Officiel de la République de Guinée
• Rendre effectivement autonomes et indépendantes les juridictions par l’application effective du statut particulier de la magistrature et la rénovation du Conseil Supérieur de la Magistrature
• Réviser les statuts de la Cour Suprême
• Améliorer les conditions financières des magistrats et du personnel de la justice
• Restaurer les mécanismes de sanction mettant fin à l’impunité actuelle à tous les niveaux, y compris l’opérationnalisation de la Commission d’enquête.
• Mettre en place une commission vérité-réconciliation

Par rapport à l’administration locale et territoriale
• Rendre effective l’autonomie de gestion des ressources des collectivités décentralisées
• Mettre à disposition des autorités déconcentrées des moyens financiers et matériels suffisants
• Approfondir la décentralisation par la création au niveau régional et au niveau préfectoral des conseils élus


Par rapport au processus électoral
• Remplacer le scrutin majoritaire de liste par le scrutin à la représentation proportionnelle dans les élections locales
• Instaurer par voie légale les candidatures indépendantes
• Renforcer les capacités financières et matérielles de la CENI et de ses démembrements
• Assurer l’engagement de tous les acteurs pour la tenue effective d’élections juste et crédibles

B. Au niveau de l’Economie
• Réduire le train de vie de l’Etat
• Renforcer la lutte contre la corruption et l’impunité
• Obliger les dirigeants à rendre compte en réinstituant et en renforçant le contrôle et l’audit de l’action publique à tous les niveaux
• Renforcer la synergie entre le secteur public et le secteur privé par la mise en place d’un comité paritaire public-privé
• Assurer que les conventions minières respectent les intérêts du peuple guinéen tout en protégeant ceux des investisseurs à travers l’application de la nouvelle convention minière type à tous les accords en vigueur et à venir
• Mettre en place des mécanismes de contrôle et de traçabilité des fonds alloués ou secteur agricole pour garantir la sécurité alimentaire
• Mettre en application les textes relatifs à la protection de l’environnement

C. Au niveau de l’Éducation
• Renforcer le financement de 16% à 30% affecté à la formation et aux infrastructures ; assurer la traçabilité de ces fonds jusqu’au niveau de la salle de classe
• Veiller à l’application du statut particulier des enseignants
• Renforcer les programmes d’éducation à la citoyenneté, l’éducation morale et culturelle
• Moraliser le système d’éducation en luttant contre la corruption par des sanctions exemplaires et en valorisant les bons comportements
• Redynamiser et réactualiser les instances de concertation sur le système éducatif (Conseil Supérieur de l’Education)
• Sensibiliser et associer les parents pour une grande implication et appropriation du système éducatif
• Tenir les Etats Généraux de l’Education

D. Au niveau de la Santé
• Renforcer le financement ; passer de 3 % à 15% tel que recommandé par l’OMS
• Mettre en place un système de motivation du personnel (statut particulier du personnel de santé) et renforcer les capacités et les compétences humaines
• Assainir le secteur sanitaire national par la mise en place d’un comité multisectoriel de lutte contre les activités illégales et le renforcement de l’autorité administrative médicale
• Mettre en œuvre une décentralisation effective du système sanitaire de façon à amener les communautés à s’approprier le système de santé
• Renforcer la synergie entre le secteur public et le secteur privé par la mise en place d’un comité paritaire public-privé

E. Au niveau de la Défense et de la Sécurité
• Mise en application effective du statut des militaires et celui des paramilitaires
• Création de mécanismes permanents de concertation entre les FDS et les populations civiles (portes ouvertes, rencontres avec les médias etc.)
• Amélioration des conditions de vie et de travail des Forces de Défense et de Sécurité par la rénovation et la modernisation des infrastructures et de l’équipement
• Assainissement et réglementation des services de sécurités privés
• Instaurer des cours de préparation militaire dans les programmes universitaires sanctionnés en fin de cycle par un service militaire
• Relocaliser les casernes hors des villes
• Une meilleure prise en charge de la police communale par les Conseils municipaux
• Renforcer les capacités opérationnelles des structures de lutte contre la drogue, des armes et de la traite des personnes

F. Au niveau de l’Intégration économique et politique
• Créer les conditions d’intégration de la diaspora guinéenne dans le processus de développement
• Qualifier la diplomatie guinéenne pour en faire une diplomatie de développement
• Apporter des mesures correctives permettant de faciliter l’intégration régionale
• S’efforcer pour remplir les critères de convergences monétaires définis par la CEDEAO en vue de notre intégration à une union économique et monétaire
• Respecter les règles de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO
• S’engager à créer les conditions d’emploi en faveur des jeunes en vue d’éradiquer l’émigration clandestine

Pour la mise en œuvre des recommandations issues de leurs délibérations, les Participants aux Journées Nationales de Dialogue et d’Initiatives recommandent par ailleurs :

• A l’Assemblée Nationale
• A la Cour Suprême
• Au Conseil Economique Social
• Au Gouvernement
• A l’Intercentrale Syndicale
• A la Société Civile
• Au Conseil des Sages et aux Religieux
• Aux Partis Politiques
• Aux Services déconcentrés et décentralisés

Chacun en ce qui le concerne, de veiller à la mise en œuvre et au suivi des dites recommandations y compris celles plus détaillées contenues dans les résultats des travaux de l’ensemble des groupes thématiques

Les participants recommandent aussi la mise en place dans les plus brefs délais d’un cadre permanent d’échanges, de dialogue et de concertation sur tous les défis et grandes questions de la vie nationale, regroupant l’ensemble des composantes de la Nation.

Ce cadre permanent devra :
• Veiller à assurer le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des recommandations formulées lors des Journées de Dialogue et d’Initiatives
• Tenir compte des accords et engagements souscrits par l’Etat avec l’ensemble des partenaires économiques, sociaux et politiques pour renforcer la cohésion sociale dans le pays
• Assurer une large et régulière diffusion des résultats de ses travaux

Enfin, les Participants, tout en remerciant le Système des Nations Unies d’avoir facilité la tenue des présentes assises, sollicitent leur appui ainsi que celui des autres partenaires au développement pour la réalisation de ce vaste programme.

Fait à Conakry, le 14 août 2008

Amadou Oury BAH

ALLOCUTION DU MINISTRE DE LA RECONCILIATION NATIONALE DE LA SOLIDARITE ET DES RELATIONS AVEC LES INSTITUTIONS


Messieurs les représentants des Institutions Républicaines
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement
Messieurs et Mesdames les représentants du corps diplomatique et consulaire
Madame la coordinatrice du système des Nations Unies
Messieurs les Officiers
Les sages et les religieux
Chers participants
Les Journées Nationales de dialogue et d'Initiatives couronnent un processus largement participatif qui a permis d'élaborer un diagnostic social, politique, sociologique et économique de l'état de l'opinion nationale sur l'Etat, la Société et les Institutions de notre pays .
Ce diagnostic est sans complaisance et reflète des points de vue partagée par une majorité de nos compatriotes :
· Déficit de confiance entre l'administration et les administrés, entre le pouvoir politique et la population nationale et entre les forces de défense et de sécurité et les civils
· La mal gouvernance ruine l'Etat, sape l'autorité publique et anéanti tout effort de redressement national
· L'impunité et le laxisme érigent « la loi de la jungle comme étant la meilleure » dans les relations entre les citoyens et aussi entre les groupes sociaux
· L'effritement du sentiment national et montée de la crispation identitaire ethnocentrique
· Les pratiques ethno – stratégiques abolissent les principes de l'Etat de droit
Mesdames, Messieurs

Cette description de notre pays nous interpelle. Elle interpelle aussi bien le Gouvernement que les Institutions Républicaines, les Forces de Défense et de Sécurité et la société guinéenne entière à travers l'ensemble de ses composantes.
Ne rien faire, s'arc-bouter sur ses certitudes et rejeter les idées protestataires seraient suicidaires pour la stabilité de notre pays et la cohésion nationale. Le Président de la République le Général Lansana CONTE et le Premier Ministre ,Chef de Gouvernement désireux de ressouder le tissu social profondément éprouvé encouragent cette concertation pour permettre aux guinéens par le biais de leur représentation politique, sociale ,culturelle et économique de se parler , se remettre en cause et défricher les voies et moyens de restaurer les consensus majeurs pour l'édification d'une société démocratique en Guinée.
Sous l'autorité du Président de la République le Gouvernement d'ores et déjà s'est engagé dans cette direction en définissant ses priorités :
Le Programme Minimum Prioritaire met l'accent sur la nécessité d'améliorer dans les meilleurs délais l'accès à l'eau potable, l'accroissement de la production d'électricité et l'assainissement de ces secteurs vitaux pour l'économie nationale. La restauration de l'autorité de l'Etat par l'accroissement des moyens dédiés pour assurer la sécurité des populations est aujourd'hui un souci constant en tenant compte des événements tragiques et malheureux qui ont été enregistrés au mois de mai dernier .Conjointement les ministres de la Défense Nationale ,de la Sécurité et de la protection civile ont de ce point de vue une feuille de route nette et précise .C'est l'occasion de saluer le Comité civilo-militaire dont les propositions de sortie de crise sont prises en compte dans le plan d'action du Ministère de la Réconciliation Nationale de la Solidarité et des Relations avec les Institutions. Le Gouvernement met également l'accent sur l'atténuation des impacts de la crise alimentaire mondiale sur les populations les plus démunis de notre pays. Grâce à la communauté internationale 28 millions de dollars US ont été mobilisés pour permettre à 600 000 de nos compatriotes d'obtenir des denrées ( riz , maïs et huile) de manière gratuite pour la période de soudure .Ces dons sont entrain d'être distribués dans des zones rurales des quatre régions naturelles de la Guinée par le PAM. Les zones urbaines, notamment Conakry feront très bientôt l'objet d'actions spécifiques en faveurs des couches les plus défavorisées. De son côté , le Gouvernement en relation avec les opérateurs économiques de la place a lancé une opération pour permettre aux populations d'avoir le riz à moindre coût pour la période de soudure ( un sac de riz à 165 000 pour le consommateur à Conakry).La sécurité alimentaire comme l'a indiqué Mme la Coordinatrice du Système des Nations Unies s'inscrit comme la priorité du Ministre de l'Agriculture .La bonne gouvernance qui passe par la récupération des créances de l'Etat, est un autre aspect des priorités des priorités du Programme Minimum Prioritaire du Gouvernement.
· La quinzaine de la décentralisation que la Guinée vient de vivre le mois dernier qui a été couronné par la publication du code des collectivités locales relance le processus de la décentralisation dans notre pays. Le développement de la démocratie participative et l'exercice effectif du pouvoir local par les représentants des populations connaitront sous l'impulsion du Ministère de la Décentralisation et du Développement Local des avancées significatives.
La mise en place de l'Observatoire National des Droits de l'Homme traduit aussi la volonté du Président de la République et du Premier Ministre d'institutionnaliser les structures de défense des Droits de l'Homme en Guinée. Mieux l'inscription de la création du Médiateur de la République dans les attributions dévolues à la Primature est une réponse par rapport à certains éléments du diagnostic social. En effet permettre aux administrés d'avoir un recours pour les aider à mieux se pourvoir devant la toute puissance de l'administration compensera le déficit de confiance entre l'administration et les populations et aussi limitera les abus de pouvoir. Les instruments institutionnels pour enraciner les bonnes pratiques citoyennes sont entrain d'être mis en place. Comme vous le voyez, la volonté de changement loin d'être un « slogan politicien » est un engagement fort qui cimente la cohésion et la solidarité du Gouvernement de larges ouvertures.
Mesdames et Messieurs,
La mise en place d'un Gouvernement de larges ouvertures avec la participation des partis de l'opposition est un fait inédit dans l'histoire politique de la Guinée indépendante. C'est la première fois dans l'histoire moderne de notre pays que les guinéens de toutes les sensibilités politiques sont réunis ensemble pour prendre à bras de corps les problèmes dont notre pays est confronté. Reconnaissons que cette décision du Président de la République et du Premier Ministre va dans le sens de rapprocher le pouvoir des citoyens.
Dans ce nouveau contexte, les prochaines élections législatives s'inscrivent dans un environnement très favorable. D'un côté une CENI exigeante et vigilante, un gouvernement de larges ouvertures où des partis de l'opposition sont représentés de l'autre, permettront d'asseoir les conditions d'une compétition loyale, transparente et apaisée pour les prochaines consultations électorales. Toutefois il faut nécessairement que les partis politiques jouent effectivement leur rôle tel indiqué dans la charte des partis politiques. Il est vrai et incontestable que les prochaines élections législatives sont essentielles pour relégitimer le parlement de notre pays. C'est une étape essentielle pour la stabilité de la Guinée. Le Ministère de l'Administration du Territoire et des Affaires Politiques se fait un point d'honneur de réussir avec la CENI à organiser de manière correcte nos prochaines législatives.
Mesdames et Messieurs,
Le Président de la République et le Premier Ministre ont insisté sur la nécessité d'être à l'écoute des populations et d'être suffisamment attentif à leurs aspirations .Le Premier Ministre dans son allocution d'investiture a mis la Réconciliation Nationale comme la priorité de sa politique. En effet comment gagner la bataille du redressement économique si le tissu social est miné ? Comment restaurer l'autorité de l'Etat si les murs de méfiance entre les communautés ethniques et régionales ne sont pas brisés ? Comment raffermir le sentiment national si la conscience collective citoyenne est absente ? Enfin comment assurer la promotion de la bonne gouvernance si les égoïsmes et les corporatismes sont rois. Le développement de la Guinée passe nécessairement par l'émergence d'une société réconciliée avec elle-même , d'un pays ayant des institutions stables et légitimes ,d'un Etat au service de tous ses enfants sans discrimination et sans exclusive.
Nous sommes chargés de mener ce volet de la politique gouvernementale. Avec vous, nous le ferons .Nous pouvons réussir car nous sommes des héritiers de cultures et de civilisations plusieurs fois centenaires.
Osons regarder en face les réalités de notre pays, pour le projeter vers un avenir possible, réaliste et heureux.
Nous le pouvons si nous le voulons.
Vive les journées nationales de dialogue et d'initiatives pour enfin donner une chance à la Guinée.
Je vous remercie de votre bien aimable attention.
Amadou Oury BAH

Depuis la mise en place d’un Ministère de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions, nombreux sont les Guinéens qui se demandent les raisons de la création d’un tel Département dans un contexte de profondes troubles. Est-ce une façon de remuer le couteau dans la plaie ? Dans le souci d’éclairer la lanterne des uns et des autres sur la problématique, M. Bah Oury, Chef dudit Ministère, a accordé une interview exclusive à votre quotidien national d’informations générales.


Horoya : Quels sont les motifs de la création d’un Ministère de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions dans le contexte actuel ?

Bah Oury :
La création de ce Ministère répond à plusieurs objectifs. Vous savez que durant les cinquante dernières années et même au-delà, la société guinéenne a été marquée par le culte de la violence dans la résolution des problèmes politiques que nous avons eu. Nous avons obtenu notre indépendance dans les conditions historiques que tout le monde sait, mais par la suite, toute une série de conflits et d’agressivités de blocs vis-à-vis d’autres blocs ont vu le jour avec tout ce que cela a coûté comme tragédies à la nation. Aussi, il y a eu des phases de secousses politiques majeures qui ont contribué à renforcer le sentiment qu’il y a des divergences et des contradictions intercommunautaires qui se transportent sur le champ politique avec acuité et brutalité. En 2006, la Guinée a été marquée par une révolution sociale d’une grande ampleur qui a mobilisé l’ensemble des populations de notre pays. En 2007, les évènements de janvier et de février ont cristallisé une aspiration profonde, notamment des jeunes, au changement. Il y a eu des dynamiques de répondre à ces crises par le premier gouvernement dit de consensus ; malheureusement il y a eu certaines insuffisances mais, nous pensons que ce n’est pas le lieu d’en faire le bilan ou de situer les responsabilités ; néanmoins ces insuffisances ont accentué un sentiment de méfiance et d’interrogations par rapport aux objectifs prioritaires de la nation. Le nouveau gouvernement qui a été mis en place, en tenant en compte de cette histoire pleine de secousses, a estimé qu’il était nécessaire d’avoir un Ministère de la Réconciliation nationale. Dans son discours d’investiture, le Premier ministre, Chef du gouvernement Ahmed Tidiane Souaré a clairement indiqué que la réconciliation nationale est la priorité des priorités pour essayer de préserver le socle de la nation. C’est-à-dire maintenir l’essentiel et rebâtir une confiance entre les différentes communautés nationales. Dans un contexte où le tissu social est fortement délabré tant dans le domaine économique que dans les autres domaines, vous ne pouvez pas bâtir une politique durable et viable si les fondamentaux de ce que représente la nation, ne sont pas remis en place. Par rapport aux victimes des périodes historiques assez tragiques que nous avons connues, il faut trouver les voies et moyens d’avoir une justice réparatrice pour aller de l’avant, tourner la page de manière sereine et positive, afin que la Guinée puisse se retrouver et s’attaquer aux vrais problèmes de son développement et de son progrès. C’est pour toutes ces raisons que nous estimons que le Ministère de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions, a largement sa place dans le contexte historique de la Guinée d’aujourd’hui.

Horoya : Le gouvernement précédent a mis en place la commission chargée de l’organisation du cinquantenaire de l’accession de notre pays à l’indépendance et cette commission comprend une sous commission chargée de la réconciliation nationale. Est-ce que celle-ci a encore sa raison d’être ou alors, relève-t-elle désormais de votre département, sinon n’y a-t-il pas de risques de chevauchement ?
Bah Oury :
Premièrement, tout le volet du cinquantenaire dont le président est le ministre de l’Economie et des Finances, M. Ousmane Doré, fait partie des dossiers que le gouvernement doit éventuellement réexaminer et réévaluer à la lumière du contexte actuel, des possibilités du pays et des objectifs majeurs que nous nous fixons. Pour le moment, ce dossier est laissé tel, mais je pense que dans les prochaines semaines il y aura une discussion qui permettra de voir ce qu’il faut faire. Par rapport aux questions fondamentales de la réconciliation nationale, c’est-à-dire la mise en place de la sous-commission vérité et réconciliation, le Ministère actuel inscrit cela au-delà des festivités du cinquantenaire de notre indépendance parce que, ça fait partie des attributions précises. Nous devons veiller à ce que ce pays se réconcilie avec lui-même et la société avec elle-même. Notre action s’inscrit bien au-delà des évènements ponctuels de festivités marquant les cinquante ans de notre pays. Le Ministère va mettre en place un comité national de la réconciliation nationale qui sera un organe consultatif et on se donnera les moyens d’avoir les éléments les plus représentatifs de notre société, les plus désireux de voir ce pays aller de l’avant et réconcilié. Il y aura beaucoup d’autres axes qu’on n’a pas encore fini de défricher pour pouvoir agir par rapport à cette problématique. Pour les aspects pratiques qui découlent de l’organisation du cinquantenaire, je pense que très rapidement les attributions qui relèvent directement du Ministère seront prises en compte et en charge globalement par mon département. Je dois vous dire d’ores et déjà qu’il y a la médiation sociale qui a été financée par les fonds du Secrétaire Général des Nations Unies qui a permis à la Guinée d’engager des consultations à la base sur l’ensemble du territoire national qui ont débuté au mois d’avril dernier et qui prendront fin les 12, 13 et 14 août prochain par l’organisation des journées nationales de la concertation ou du dialogue ; on ne s’est pas encore entendu sur l’appellation mais, l’essentiel c’est que les 12, 13 et 14 août il y aura un rassemblement qui permettra à la nation de se regarder en face, de s’interroger sur nos problèmes, leurs causes et de prendre des engagements, chacun dans le domaine de ses compétences pour que ça change de manière radicale. Tous ces éléments seront versés dans une dynamique avant les festivités du cinquantenaire pour montrer que la Guinée est résolument tournée vers un autre avenir que celui que certaines personnes pensaient dans une vision pessimiste de l’évolution de notre cher pays.
Horoya : A propos de la concertation prévue les 12, 13 et 14 août, peut-on savoir quelles seront les parties prenantes ?
Bah Oury :
L’ensemble des acteurs de la vie nationale seront autour de la table au cours de ces journées. Le gouvernement, les institutions républicaines, les institutions au sens large, à savoir les coordinations régionales, les syndicats, la société civile, les partis politiques, les forces armées etc. seront présents à cette concertation parce que le diagnostic qui est déjà fait prend en compte chaque composante de la nation qui est interpellée par rapport à ses responsabilités et ses engagements pour le futur.
Horoya : Aurez-vous le temps d’achever tout cela, quand on sait que le cinquantenaire et les élections législatives arrivent à grands pas ?

Bah Oury :
Les priorités fondamentales du gouvernement sont deux ordres : Premièrement, il faut que nous réussissions à organiser les élections législatives transparentes et crédibles dans les meilleurs délais. C’est une manière de restaurer la légitimité des institutions de la République. Ce qui est un élément fondamental réconciliateur et fédérateur de la nation. Ce n’est pas seulement l’élection de personnes au perchoir, c’est un acte fort de réconciliation, de fédération et de ré légitimation d’un élément essentiel de la vie de notre pays. Le gouvernement tout entier, le Premier ministre et le Président de la République s’engagent à tout faire pour que les élections législatives puissent se tenir dans les meilleurs délais. Deuxièmement, c’est l’achèvement du programme avec le Fonds Monétaire International (FMI) en ce sens qu’il y a une nécessité absolue à gérer rigoureusement les maigres ressources publiques. Pour réussir ces deux priorités, il faut déjà parvenir à la paix sociale. Ce qui suppose que le gouvernement prenne en compte les revendications essentielles des populations, à savoir le problème d’insécurité, le manque d’eau et d’électricité, le problème d’emplois pour les jeunes, le problème d’accès aux denrées de première nécessité, la cherté de la vie. Tout cela nécessite un effort particulier, une orientation particulière des finances et de la mobilisation générale pour avoir la paix sociale et organiser correctement les législatives tout en faisant en sorte que le point d’achèvement du programme avec le FMI soit atteint. Nous avons donc une série de contraintes avec des maigres ressources mais, ce qu’on demande à nos compatriotes c’est de percevoir le cinquantenaire de notre indépendance comme étant le réveil ou la renaissance de la Guinée. Nous sommes à un tournant extrêmement important pour notre pays, alors il faut qu’on se donne la chance. C’est-à-dire que de part et d’autre, nous devons comprendre que nous ne pouvons faire tout ce que nous voulons immédiatement.

Horoya : On constate qu’il y a de moins en moins de solidarité dans notre société. Que comptez-vous faire pour raviver cette valeur africaine pour ne pas dire guinéenne ?

Bah Oury :
La solidarité nationale est un vaste programme avec différents volets mais, nous n’allons pas décortiquer tout cela maintenant. Cependant, il faut reconnaître qu’il y a une forme de solidarité entre les Guinéens. Les coordinations régionales constituent des espaces de solidarité entre les communautés et c’est pourquoi celles-ci, en tant qu’institutions, font partie des partenaires du Ministère de la Réconciliation nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions. Comme vous le savez aussi, la solidarité fait partie de notre devise ; bien sûr, le travail manque en Guinée, la justice est à faire, la solidarité est aussi à construire. C’est la raison pour laquelle, l’une des premières choses que nous comptons faire est le développement de actions citoyennes. Les Guinéens ont montré des preuves de citoyenneté en janvier-fevrier 2007. Comment pouvez-vous imaginer qu’un pays dit majoritairement analphabète et rural parvienne dans le calme, la sérénité et la cohésion, en dépit de toutes les contradictions qui puissent exister, à observer pendant deux mois une grève générale sans actes de vandalisme et autres. Bien sûr que par endroits ça a dérapé dans des circonstances particulières et des moments particuliers. Pour cela, l’histoire se chargera de juger. Fondamentalement, c’est un acte citoyen, une marque de solidarité, l’élément moteur du changement. Le Président de la République l’a très bien compris et a facilité les mesures et les actions permettant d’aller dans le sens de ce changement. Pour preuve, la participation de l’ensemble des forces vives de la nation, y compris les partis politiques de l’opposition, dans le gouvernement actuel est une première dans l’histoire de la Guinée moderne. De ce point de vue, il faut rendre à César ce qui appartient à César. C’est un acte majeur, fondateur d’une nouvelle dynamique pour la démocratie dans notre pays. Tout cela pour vous dire que la solidarité n’est pas difficile à reconstruire dans notre pays.
Elle existe sur le plan traditionnel, il faut juste la construire sur le plan moderne à travers les mutuelles, les finances solidaires. En fait, il faut explorer tous les sentiers de l’économie solidaire, s’inspirer de ce qui se passe ailleurs pour trouver des solutions adaptées à notre pays de manière durable. Ce n’est pas une affaire du Ministère seulement. Nous sommes là pour jeter les jalons de quelque chose qui transformera la société guinéenne pour des décennies et des décennies. Une chose que je voudrais ajouter à propos de solidarité, c’est pour la première fois que l’ensemble du gouvernement, grâce à la communauté internationale, est entrain d’assurer la distribution de vivres pour la période de soudure. Il y a près de trente ans, on exigeait des populations des normes. Aujourd’hui, c’est la puissance publique qui donne des sacs de riz et de maïs, de l’huile aux plus démunis de nos concitoyens.

Horoya : D’aucuns pensent que la chance de ce gouvernement, est la participation de l’opposition en son sein, contrairement au précédent. Quel est votre point de vue ?
Bah Oury : Ecoutez, on est dans des processus sociaux. Il ne faut pas jeter la pierre à qui que ce soit. Il y a des choses possibles à un moment donné, il y en a qui ne le sont pas.
Ce n’est pas en Guinée seulement que ce genre d’évènement est arrivé. Dans tous les processus sociaux majeurs, la première phase est presque toujours ratée parce que c’est généralement une phase d’infantilisme, avec la croyance qu’il suffit de vouloir pour pouvoir. Dans la vie, ce n’est pas parce que je veux que je peux. La prise en compte de cette réalité est cruciale. Je pense que la période d’infantilisme dans le processus d’évolution de la Guinée est dépassée. On est dans une phase de la raison, de la prise en compte des contraintes et du possible. C’est pour cela, avec plus de chance, d’intelligence, de maturité et de solidarité de l’ensemble des populations, nous parviendrons à réussir ce que notre pays n’a jamais pu par le passé. Aujourd’hui, les gens veulent travailler pour construire un pays fort qui va de l’avant. C’est cela le ressort qui a fait que des gens sont sortis dans la rue pour mourir afin que d’autres personnes vivent. Tous les acteurs doivent prendre en compte ce changement. Nous ne pouvons plus agir et réagir comme nous le faisions il y a dix ans. Aujourd’hui, la force populaire demande que toutes les élites soient en phase avec ses requêtes.
Amadou Oury BAH

Amadou Oury BAH

Dimanche 10 Août 2008 - 21:23
Amadou Oury BAH
Bah Oury a été un des jeunes leaders qui luttent sur le terrain depuis le début du processus de la démocratisation. A côté de A. Tidiane Cissé et d'autres, il a été un des fondateurs de l'Organisation Guinéenne des droits de l'Homme avant de continuer sa lutte dans le parti UFD.

Son courage et sa détermination conduiront à son arrestation le 27 octobre 1992 à Conakry, suite à une accusation d'avoir commandité une tentative d'assassinat du chef de l'Etat. Il faut préciser qu'au 25 novembre 1990, Bah Oury avait connu sa première arrestation, en compagnie du Président de l'OGDH (Dr Thierno Madjou Sow), parce qu'ils ont manifesté contre l'utilisation des armes à feu contre des étudiants grévistes de l'Université de Conakry. A cette occasion, l'étudiant Sékou Traoré avait trouvé la mort, lors de la descente du Cdt Kissi Camara au campus.
L'opinion publique apprécie l'homme pour son sens de partage et sa modestie : il est un des rares responsables politiques en Guinée qui sont capables de céder la place à d'autres qu'ils jugent être mieux. Justement, beaucoup pensent que c'est son ouverture au dialogue et son objectivité dans les appréciations et jugements qui ont contribué à le porter au Ministère de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions. Espérons qu'il réussira sa mission !
Lamine Soumah

CURRICULUM VITAE
BAH Amadou Oury
Né le 10/08/1958 à Pita préfecture de Pita
Marié et père de cinq enfants

Langues : écrites et parlées : Français, Anglais (niveau moyen)

CURSUS UNIVERSITAIRE & SCOLAIRE

Formation :
1991 : Diplôme d'Etudes Supérieures de l'Institut des Techniques de Banque
I.T.B (Paris)

Université Paris VI
1982 : Préparation à l'université Pierre & Marie Curie (Paris VI) de l'agrégation de mathématiques et Attestation d'Etudes Approfondies en Mathématiques
1980 – 1981 : Licence et maîtrise de mathématiques pures de Paris VI et 1ere année à l'Institut de Géographie Nationale ( IGN) de Paris.
Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles Françaises
1978 – 1980 : Mathématiques Spéciales au Lycée Louis – le – Grand (Paris)
1977 – 1978 : Mathématiques Supérieures au Lycée Louis – le – Grand
Etudes Secondaires
1974 – 1977 : Lycée Van vollenhoven de Dakar ( Sénégal )
Baccalauréat série mathématiques avec mention très bien
Lauréat de plusieurs prix au Concours Général des lycées du
Du Sénégal de 1976 et de 1977 dont les 1er prix de composition
Française, de mathématiques et d'autres en philosophie, histoire et Sciences physiques.
1970 – 1974 : Collège d'Enseignement Général de Diourbel (Sénégal)
Diplôme du BEPC.
Etudes Primaires
1964 – 1970 : Ecole de la Mission Catholique de Diourbel ( Sénégal)

EXPERIENCES PROFESSIONNELLES

Expérience Bancaire : Cadre de banque à la BICIGUI
Depuis Janvier 1999 à maintenant : Responsable de la Formation de la
Qualité et de la Communication de la BICIGUI
1997 – 1998: Responsable de la Clientèle Privée de la BICIGUI
1994 – 1997 : fondé de pouvoirs, Responsable de l'Agence BICIGUI de Kamsar

1990 – 1992 : Chargé de la clientèle des institutionnels et des projets publics
1987 – 1990 : Chargé d'études au Service Crédits de la BICIGUI
Maître de Conférence du Centre Formation de la Profession Bancaire
( CFPB) – ITB (Depuis1997 – à maintenant) en Economie Monétaire et Bancaire – et en Analyse financière de l'entreprise

Maître de conférence à l'ISCAEG – Guinée (2006- 2007): La Gestion des Ressources humaines et l'Economie Bancaire
Expérience d'enseignement
1982 – 1986 : Enseignant du secondaire en mathématiques dans l'académie de Versailles - Paris
Autres Expériences : Consultant et analyste de publications économiques
NSE Nord – Sud – Export (1991 – 1993)
Publications dans le Monde Diplomatique (août 1985, juillet 1986)
Fondateur de la publication à Paris le Réveil Africain (1984-1986)
Chargé de cours pour le CNPG (Centre National de
Perfectionnement en Gestion de Conakry) en finances publiques
et Macro – économie (sessions de 1992)
Consultant pour le PACV( Projet d'appui aux communautés
villageoises) portant sur l'étude du système bancaire guinéen
(mai – juin – juillet 2001)
Publication d'un essai (1986): La Guinée autrement .
Séminaires et stages : à Bnpparibas (Paris), à la Banque Mondiale
(Washington – Novembre 2002)
Maîtrise l'outil informatique :(word, excel , powerpoint , Business Object)
Activités civiques importantes
Amadou Oury BAH